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Loi audiovisuelle : des cinéastes s'alarment

Une vingtaine de cinéastes interpellent le président Macron sur la future loi audiovisuelle, demandant à ce que le modèle français ne soit pas « sacrifié sur l'autel » de l'« ultralibéralisme ».

Le texte publié dans une tribune du Journal du dimanche, du 7 avril dernier et intitulé « 60e anniversaire du ministère de la Culture : le combat continue ? » est signé notamment de Claude Lelouch et Radu Mihaileanu, présidents de l'ARP (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs).

 

Quand des cinéastes se mobilisent comme aux temps des Accords Blum-Byrnes !

Pour protester contre la future loi sur l'audiovisuel qui risque de libéraliser encore un peu plus le secteur de la Culture, c'est-à-dire d'y instaurer la loi de la jungle où le plus gros mange le plus petit, où le plus fortuné empêche le sans-sous de s'exprimer, une vingtaine de cinéastes demandent au Président de la République de ne pas céder aux sirènes de l'industrie culturelle étatsunienne qui ne rêve que de régner en maître absolu sur la France et l'Europe.

Force est de constater que ces cinéastes se moblisent comme l'ont fait leurs aieux en 1948 pour protester contre les Accords Blum-Byrnes où le problème était le même. En 1948, cependant, ils étaient plus nombreux à protester qu'en 2019, gageons que si l'appel n'est pas entendu, dans 30 ans, plus personne ne protestera contre la mort  de notre culture. La grenouille dans la casserole sera définitivement cuite. 

Extrait d'un article du Figaro :

Les signataires de la lettre envoyée au Président Macron déplorent que les géants américains (Disney-Fox, Netflix, Amazon, Apple, Facebook) «accentuent une hégémonie que nous étions parvenus jusqu'ici à limiter grâce à l'exception culturelle» et «déploient de véritables stratégies de prédation économique pour inonder les territoires européens de contenus américains».

«Ils ébranlent les écosystèmes vertueux que nous avons mis tant d'années à construire», regrettent-ils, estimant que «si ce modèle vertueux doit être modernisé à l'ère numérique, il ne peut en aucun cas être sacrifié sur l'autel d'un ultralibéralisme déjà en partie responsable de la dégradation de nos sociétés et de la poussée des extrémismes».

« La vague de dérégulation a tout emporté sur son passage »

Pour les cinéastes, «c'est malheureusement cette voie qu'a privilégiée l'Autorité de la concurrence dans son récent rapport relatif à la prochaine loi audiovisuelle»qui doit être présentée cet été en Conseil des ministres par le ministre de la Culture.

Ils déplorent également les récentes déclarations du ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, «qui souhaite la fin du service public audiovisuel en supprimant la redevance».

« Avant nous, l'Espagne et l'Italie ont connu cette vague de dérégulation, qui a tout emporté sur son passage, détruisant des cinématographies autrefois brillantes au niveau international, ainsi que des milliers d'emplois », poursuivent-ils.

«Monsieur le Président, votre action politique doit porter les valeurs culturelles pour lesquelles l'État français s'est toujours battu, au risque sinon que ce quinquennat, avec cette loi, ne soit le fossoyeur du cinéma et de l'audiovisuel français», préviennent les signataires.

Le Figaro avec AFP

Source : lefigaro.fr, le dimanche 7 avril 2019
Possibilité de mettre un commentaire à la suite de cet article en allant sur : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/loi-audiovisuelle-des-cineastes-s-alarment-20190407



Voici la lettre dans son intégralité :

Monsieur le Président,

Il y a soixante ans, Charles de Gaulle et André Malraux ont fondé le ministère de la Culture, convaincus que la France devait affirmer avec force son identité, sa souveraineté et son rayonnement international à travers la culture, face aux Américains qui projetaient de nous convertir à leur façon de penser et de consommer, nous rendant dépendants de leur puissance économique. L’histoire se répète, mais en s’élargissant : des amis chinois viennent grossir les rangs.

Aujourd'hui, les élections européennes approchent et nos démocraties sont menacées par les extrémismes. Vous, comme d'autres, vous vous proclamez européen et ­démocrate. Pourtant, vous ne parlez pratiquement jamais de culture. Or, la culture et l’éducation sont les deux piliers fondamentaux de la démocratie et du vivre-ensemble. En nous renvoyant à chacun une image complexe et singulière, le cinéma et l’audiovisuel participent à cet enjeu vital qui nous permet d’exprimer à la fois notre identité et notre liberté.

N'oublions pas que les ­États-Unis poussent à nouveau leurs géants, accentuant une hégémonie que nous étions parvenus jusqu'ici à limiter grâce à l'exception culturelle. Le rapprochement entre Fox et Disney, autorisé par la Commission européenne sans la moindre hésitation, va créer un nouveau mastodonte capable d’inonder les territoires européens de contenus américains. Netflix, Amazon, Apple, Facebook déploient à leur tour de véritables stratégies de prédation économique, ébranlant les écosystèmes vertueux que nous avons mis tant d’années à construire.

Contre l'invasion du cinéma américain, contre Blum-Byrnes-Bis

De son côté, la Chine, avec Trecent et Alibaba, attend le moment idéal pour prendre la place qu’elle veut aujourd’hui : la première. D’un côté, une idéologie uniquement capitalistique, de l’autre une idéologie d’Etat.

Alors, plus que jamais, il nous faut une politique culturelle forte, ­capable d'asseoir notre souveraineté créatrice, qui seule peut garantir notre démocratie. Car sans une politique culturelle solide notre spécificité et liberté de penser sont vouées à disparaître. De combien de temps disposons-nous avant que nos principes fondateurs, tel le droit moral de l’auteur, ne soient sacrifiés? Ce droit disparaît peu à peu, sans que personne ne s’en émeuve : en vérité, le monde entier tremble devant un rapport de force atrocement déséquilibré qui ne bénéficie qu’aux puissantes plateformes.

La victoire remportée pour la Directive européenne relative au droit d’auteur - que vous avez ardemment soutenue et nous vous en remercions - nous incite à nous battre davantage pour le respect de ce droit moral au sein de nos frontières. Il est de notre devoir, face à Beaumarchais et Voltaire, face au monde entier, d’être à la hauteur du respect que l’on nous porte d’avoir créé ce droit fondamental.

C’est grâce à notre pays et à sa régulation qu’existent les films de grands réalisateurs internationaux, tels Nanni Moretti, Ashgar Fharadi ou encore de Ken Loach, qui à eux trois cumulent trois Palmes d’or, trois César et deux Oscars. La France, c’est ce pays où les artistes peuvent encore décider de leurs œuvres, sans agoniser sous le seul poids d’une dictature ou sous le point de vue unilatéral de ceux qui les financent.

Cette position de leader n’est pas naturelle : elle est le fruit de 60 ans de combats, de réflexions et d’une régulation équilibrée, fruit d’une collaboration permanente entre les créateurs, les pouvoirs publics et les acteurs privés. Cela donne le 3e cinéma du monde, image si valorisante de la France sur les cinq continents. Et si ce modèle vertueux nécessite des ajustements pour répondre aux besoins de la révolution numérique, il ne peut en aucun cas être sacrifié sur l’autel d'un ultra-libéralisme déjà en partie responsable de tensions, de la dégradation de nos sociétés et de la poussée des extrémismes.

C'est malheureusement cette voie que semble avoir privilégiée l’Autorité de la concurrence dans son récent rapport relatif à la prochaine loi audiovisuelle. Et c’est cette même voie que semble choisir le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, qui  souhaite la fin du service public audiovisuel en supprimant la redevance.

Le cinéma français doit vivre

Avant nous, lors de l’explosion des télévisions libres, l’Espagne et l’Italie ont connu cette vague de dérégulation, qui a tout emporté sur son passage, détruisant des cinématographies autrefois brillantes au niveau international, ainsi que des milliers d’emplois. C’est bien ce dont rêvent les mastodontes numériques américains. Et c’est bien cette perte totale de leur identité que craignent certains citoyens européens déboussolés.

Monsieur le Président, votre action politique doit porter les valeurs culturelles pour lesquelles l'État français s'est toujours battu, au risque sinon que ce quinquennat, avec cette loi, ne soit le fossoyeur du cinéma et de l'audiovisuel français. À la veille de ce nouveau texte qui serait l'occasion de revivifier notre politique culturelle à l’ère numérique, nous restons cantonnés au technique, au marginal, parfois même au ridicule. Voire à l’irresponsable!

On ne parle que dérégulation et réductions de budget sans jamais s’intéresser au sens politique de nos actions, au rôle civilisationnel de cette loi. Bertrand Tavernier disait : 'On énonce souvent le coût de la culture, jamais le coût de l’inculture!' Vous avez face à vous des créateurs prêts à moderniser la régulation, mais au service d’une vraie vision, d’un vrai projet sociétal et culturel.

Trop de films qui sortent chaque semaine en salles : c’est vrai! Trop d’écrans - parfois plus de 1000 - attribués à certains films : vrai aussi! Une régulation encore basée sur la fréquence hertzienne, alors qu’elle n’est plus aujourd’hui une condition pour accéder aux spectateurs : il faut la moderniser! Des œuvres plus facilement disponibles et accessibles : oui, mille fois oui! Réguler les nouveaux entrants pour éviter la distorsion de concurrence : plus que jamais!

Neutralité technologique, diffusion des films en télévision de rattrapage pour les chaînes gratuites, possibilité de diffuser des films à la télévision tous les jours de la semaine, universalisation et progressivité de la Contribution à l’Audiovisuel Public? Oui, plus que jamais, oui : l’audiovisuel public appartient et est au service de tous les citoyens! Soyons prospectifs! Projetons-nous vers le futur et créons un modèle où la diversité culturelle puisse continuer à irriguer nos territoires et nos pensées. Ayons, ensemble, une véritable conviction de politique culturelle! Celle qui ne cantonne pas le ministère de la Culture ou le CNC à un rôle de guichet. Celle qui garantit des ressources stables et pérennes pour l’audiovisuel public.

 

Aujourd’hui se décide la culture de demain, monsieur le Président !

Nous n’attendons pas tout de l’État : ce serait évidemment une erreur. C’est ensemble que nous devons être à la hauteur de ces formidables enjeux. Dans la perspective de ce prochain projet de loi sur l’audiovisuel, nous, les Cinéastes de l’ARP, invitons tous ceux qui sont prêts à relever ce défi - acteurs du secteur et citoyens - à plusieurs débats publics, dont le premier aura lieu lundi 6 mai à 20h au Cinéma des Cinéastes, à Paris.

Par ailleurs, nous lançons dès ce mois-ci un cercle de réflexion, intitulé "Une loi audiovisuelle au service des citoyens", associant une trentaine de personnes issues de notre secteur : créateurs, producteurs, distributeurs, diffuseurs, juristes, et plusieurs personnalités emblématiques, réunies pour dessiner les contours du cinéma et de l’audiovisuel de demain, au-delà des intérêts particuliers. Ce cercle de réflexion se réunira jusqu’à la fin de l’année 2019 et rendra ses premières conclusions lors d’un bilan d’étape au mois de juin. Audiovisuel public, financement, production, prescription et diffusion des œuvres, accès à la culture dans les zones les plus reculées, fiscalité... Aucun débat ne sera interdit.

Vous, homme de culture, ne l'abandonnez pas, monsieur le Président!

Elle est belle, elle rayonne encore, mais elle a besoin de vous. Arrêtons de penser que cette culture peut se dispenser de politique. La politique culturelle, ce n’est pas l’apanage uniquement du passé, de de Gaulle et de Malraux, de Mitterrand et de Lang, ce n’est pas un vieux mirage qu’il faudrait abattre sous le feu de ceux qui n’y croient plus, de ceux qui pensent qu’aujourd’hui seul l’argent guide le monde et l’aspiration des peuples. Vous attendez de nous d’être responsables et modernes : nous saurons l’être. Mais nous attendons de vous une politique culturelle digne de ce nom. Au service des créateurs et des citoyens. Des actes, pas des paroles. Soyons à la hauteur!"

* Claude Lelouch est président d'honneur des Cinéastes de l'ARP, Radu Mihaileanu est président.

Autres signataires : Pierre Jolivet, Nathalie Marchak et Olivier Nakache (vice-présidents), Évelyne Dress, Christian Carion, Joël Farges et Jean-Paul Salomé, Nicolas Bary, Julie Bertuccelli, Patrick Braoudé, Camille de Casabianca, Olivier Casas, Dante Desarthe, Costa Gavras, Éric Lartigau, Michel Leclerc, Philippe Le Guay, Steve Moreau et Éric Toledano.

Source : lejdd.fr, le samedi 6 avril 2019

 

Défendre le cinéma français, oui, mais défendre la langue française qui va avec lui, aussi !

Désormais, lorsque je vais voir un film français au cinéma, je « m'amuse » à compter les chansons qui y sont en anglais. Et c'est fou combien il y en a ! En fait, c'est l’écrasante majorité contre très peu de chansons en français.

- Scandaleux, non ?

Une question m'est venue alors : si nos cinéastes se battent réellement pour conserver l'exception culturelle française, pourquoi bourrent-ils alors leurs films de chansons en anglais, quand ce n'est pas le titre qui est lui-même en anglais ?

Il y a tout de même de l'incohérence à préférer la chanson en anglais plutôt qu’en français, et nous parler ensuite de sauver le cinéma français.

Voilà une bonne question à poser à nos cinéastes pétitionnaires.

Notons tout de même que Claude Lelouch fait exception à la règle, car il y a souvent d'excellentes chansons en français dans ses films. Mais, par exemple, Guillaume Canet, dans son film Les Petits Mouchoirs, illustre parfaitement cette habitude désolante d'angliciser les bandes-son des films et séries, une habitude désolante qui habite la majorité des cinéastes et producteurs français qui, de plus, préfèreront parler de New York au lieu de Montréal, de Sidney au lieu de Nouméa.

Et puis, il y a un bon nombre d'artistes français qui ont l'air de s'intéresser à la langue française comme de leur première culotte.

Un autocollant à coller sur leurs affiches est en préparation :
« Si vous ne voulez pas de ma langue, alors vous n'aurez pas mon argent ! »

Voici quelques artistes français complices, consciemment ou non, de l'anglicisation En Marche ! (Liste non exhaustive, hélas) :

Franck Dubosc, Alexandra Lamy et la langue française

Jonathan Lambert et la langue française

Bernard-Henri Lévy et la langue française

non au bilinguisme français-anglais de Bilal Hassani à l'Eurovision

Kévin Razy et la langue française

Macha Méril et la langue française

ETC.

Kévin Razy et la langue française ! от Télé-Afrav на Rutube



Marc Lavoine en anglais !

Marc Lavoine en anglais signera-t-il la lettre au Président Macron ?

Refusons les séries européennes tournées en anglais ! от Anglomalaria на Rutube




Publié par Régis RAVAT le 10 juillet 2019

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Orthographe, corrections : contact.sy@aliceadsl.fr

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