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Les espérantistes contre le tout-anglais !

Merci aux espérantistes, car c'est grâce à eux, à Élisabeth Barbay, à Bernard Cornevin et à Marcelle Provost que l'on a pu avoir la traduction en français, 16 ans après sa parution, du livre du Britannique Robert Phillipson "English-only Europe ? : Challenging language policy" (Routledge 2003).

Robert Phillipson est professeur émérite, directeur de recherche au département de management, société et communication de l’École des Hautes Études Commerciales de Copenhague. Spécialiste des droits linguistiques, de l’impérialisme linguistique, et de l’enseignement, il a reçu le prix Linguapax décerné par l’UNESCO. Il est principalement connu pour ses ouvrages Linguistic Imperialism et English-only Europe ? : Challenging language policy.

La domination de l’anglais : un défi pour l’Europe est la traduction de English-only Europe ? : Challenging language policy (Routledge 2003) et mise à jour par l’auteur. Éditions Libre & Solidaire (Paris).

Robert Phillipson la domination de l'anglais

Ce livre explore le rôle des langues dans le processus d’intégration européenne ; il met en avant les mesures à prendre pour éviter de nous diriger vers une Europe uniquement anglaise et américaine. La manière dont l’Union européenne traitera le multilinguisme aura d’importantes conséquences pour les pays membres et les relations internationales : le respect des langues de chaque pays doit être au cœur du développement d’une Europe unie. Il est donc primordial de se demander si l’expansion actuelle de l’anglais ne représente pas une menace sérieuse pour les autres langues européennes.

Après avoir exploré les implications des politiques actuelles, l’auteur plaide en faveur de politiques linguistiques plus actives pour la sauvegarde d’une Europe multilingue.

En s’appuyant sur des exemples de pays ayant des politiques linguistiques explicites, le livre propose une politique linguistique inclusive pour l’Europe, donnant des pistes pour y parvenir avec des recommandations concrètes sur la manière dont la politique linguistique européenne pourrait être mieux gérée. 

Paru en 2003 sous le titre English-Only Europe ?, l’auteur a réactualisé l’ouvrage en incluant les dernières actualités des politiques linguistiques des différents pays d’Europe. La préface de l’édition française est de François Grin, universitaire suisse, codirecteur du Centre européen pour les questions de minorités.

 

Hégémonie de l'anglais dans l'UE : un Britannique s'insurge dans un livre !

« La langue hégémonique qui était au début le français est maintenant l'anglais », déplore ainsi Robert Phillipson, spécialiste des droits linguistiques et directeur de recherche au département d'anglais de l'École des hautes études commerciales de Copenhague.

« L'anglais est une sorte de coucou linguistique : il prend le dessus là où d'autres couvées linguistiques nichaient et il force les locuteurs non natifs de l'anglais à adopter ses coutumes et sa langue », analyse le Britannique.

En 1973, quand le Royaume-Uni est entré dans l'UE, 60% des documents de la Commission européenne étaient rédigés en français et 40% en allemand. Aujourd'hui, ils sont en anglais à 82%, et seulement à 3% en français, qui reste cependant la deuxième langue source, selon des chiffres officiels.

Devenue hégémonique dans les institutions européennes, la langue anglaise instaure une inégalité fondamentale en Europe, dénonce un expert britannique, Robert Phillipson, qui a fait de cette question un livre, « La Domination de l'anglais : un défi pour l'Europe », paru aux éditions Libre et Solidaire. Et le Brexit ne devrait rien y changer.

Quasi-monopole de l'anglais promu comme panacée linguistique 

Ce « quasi-monopole » a « entraîné une obligation de fonctionner en anglais, qui est acceptée et internalisée », souligne Robert Phillipson dans un entretien à l'AFP, peu avant la journée internationale de la francophonie le 20 mars.

« Beaucoup de fonctionnaires utilisent plutôt l'anglais que leur langue », souligne-t-il. « L'anglais est promu comme panacée linguistique, alors que seulement 62 millions de personnes au sein de l'UE ont l'anglais comme langue maternelle (sur un total de 512 millions en 2015), et moins de la moitié des autres peuvent l'utiliser comme langue étrangère », rappelle l'expert.

« On présume que vous devez parler anglais pour être pris au sérieux », ce que les fonctionnaires acceptent largement, parfois à leurs risques et périls. Il rappelle ainsi le cas d'une ministre danoise, qui présidait une réunion à Bruxelles, qui a cru bon de s'excuser en anglais de ne pas avoir une maîtrise parfaite des dossiers, car venant d'être installée. Croyant bien faire, elle s'est alors dite "at the beginning of my period", qui, en anglais, se traduit plus comme « au début de mes règles »



Impérialisme linguistique !

Cet « impérialisme linguistique », dénonce Robert Phillipson, peut mener à un abêtissement technocratique vers un euro-anglais simplifié, une langue parlée avec imprécision, provoquant la multiplication des difficultés.

L'UE compte quelque 1 531 traducteurs. Deux millions de pages sont traduites par an et 10 000 réunions bénéficient d'une interprétation chaque année. Pourtant, selon une étude externe des services d'interprétation de l'UE, datant de 2001, 25% des sondés se sont plaints qu'il leur a été impossible de parler leur propre langue et 28% qu'il n'y avait pas interprétation dans leur idiome.

Or la Charte des droits fondamentaux de l'UE de l'an 2000 engage l'Union à respecter la diversité linguistique (article 22) et son article 21 interdit toute discrimination basée sur la langue. Les 24 langues officielles ont, en théorie, les mêmes droits.

« Subrepticement, c'est notre pensée qui s'anglicise »

Pourtant, il y a « une inégalité fondamentale entre, d'un côté les anglophones, et les non-anglophones ». « Or une langue n'est pas seulement un instrument. Petit à petit, subrepticement, c'est notre pensée qui s'anglicise », une « McDonaldisation » qui lamine la diversité, s'inquiète Robert Phillipson.

L'expert britannique y voit une raison essentielle du « déficit démocratique notoire de l'UE », de l'abstention grandissante aux élections européennes et même de la poussée des populismes en Europe.

La même hégémonie au sein de l'ONU

L'hégémonie de l'anglais est également notable au sein de l'ONU, souligne une étude réalisée en octobre 2018 par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF, basée à Paris). Au siège à New York, près de 85% des documents sont rédigés en anglais, et 2% seulement en français, deuxième langue de production. Cette proportion dépasse à peine les 10% aux bureaux de l'ONU à Genève, ville pourtant francophone (et 84% en anglais)

Le Brexit, s'il a lieu, fera partir la seule nation ayant choisi l'anglais pour langue officielle au sein de l'Union européenne, l'Irlande ayant choisi le gaélique et Malte le maltais. Pourtant, « il est très peu probable que le Brexit change quoi que ce soit, estime Robert Phillipson, « car les employés des institutions européennes ont pris l'habitude de travailler principalement en anglais ».

Par Culturebox (avec AFP)

Source : m.culturebox.francetvinfo.fr/, le mercredi 20 mars 2019
Pour commander le livre :

https://libre-solidaire.fr/epages/




Publié par Régis RAVAT le 28 mars 2019

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