Choose France, French Tech, Next 40, French Impact, Health Data Hub... l'État est-il anglomane ?
Trente ans après la loi Toubon, une association se bat pour que l'État utilise le français plutôt que l'anglais.
« French Tech », « Choose France », « Health Data Hub », « Next 40 », « French Impact »… Elle multiplie les procédures et veut revoir la loi de 1994.
Par Jean Leymarie, de France Culture
Le Billet politique de Jean Leymarie !
Révisez votre anglais, les investisseurs arrivent ! Lundi, le château de Versailles accueillera la nouvelle édition du sommet « Choose France » - Choisissez la France : des patrons étrangers autour d’Emmanuel Macron, pour annoncer des projets dans l’hexagone. Depuis six ans, c’est un rituel. Le chef de l’État y tient beaucoup.
L’exécutif adore ces slogans, ces nouvelles appellations : « Choose France », donc. Mais aussi « French Tech », « Health Data Hub », « French Impact ». La France est ouverte au monde. Qu’on se le dise… en anglais bien sûr ! Ou en globish, cet anglais appauvri qui permet de se faire comprendre.
Mais cette anglomanie, cette passion pour la langue anglaise, une association a décidé de la combattre. Son nom ? Francophonie Avenir. Sa référence ? La fameuse loi Toubon, pour la défense de la langue française. La loi fête ses trente ans.
La loi Toubon en ligne de mire
« La langue, c’est la politique ! »... Voilà ce que m’a dit le président de cette association, Régis Ravat. Son site internet critique l’influence de Wall Street, « l’élite marchande », le néolibéralisme… Et surtout, il défend… la francophonie. Régis Ravat multiplie les plaintes et les procès contre des entreprises, contre les pouvoirs publics. Il traîne des mots anglais devant la justice.
Parfois, il gagne. L’aéroport Metz-Nancy-Lorraine a dû renoncer à s’appeler « Lorraine Airport ». Ce sera « Lorraine Aéroport », tout simplement. Mais l’association perd des procès également. Bannir les expressions « French Tech » ou « Choose France » ? Raté ! La justice administrative rejette ces demandes. Pour elle, la loi Toubon n'empêche pas d'utiliser les mots « choose » ou « French ».
Comment est-ce possible ? D’après l’association, c’est simple : la loi est mal rédigée et est trop restrictive. Les militants de la francophonie veulent donc réécrire en partie le texte de 1994. C’est leur nouveau combat : changer la loi, pour que l’État parle français tout le temps, et partout.
L'esprit de Villers-Cotterêts
Cette bataille a-t-elle un sens ? Demandez aux Québécois ! Ils sont beaucoup plus sourcilleux que nous. Mais c’est vrai, en France, cet engagement a toujours fait sourire. À tort ou à raison ? Déjà, en 1994, Jacques Chirac se moquait gentiment de Jacques Toubon. Devant le ministre de la Culture, le futur président de la République faisait semblant de chercher ses mots : fallait-il dire « design » ou « stylique » ?
Trente ans ont passé. Emmanuel Macron vient d’inaugurer la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts. Joli symbole, et référence à la fameuse ordonnance de François 1er, en 1539 : « Nous voulons d'oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures, […] soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement ».
Mais l’histoire continue. La Cité de la Langue française va bientôt héberger une nouvelle institution : l’alliance pour les technologies des langues, au pluriel - une création de la Commission européenne. Cette alliance cherche un directeur ou une directrice. Vous pouvez postuler : l'annonce est en ligne. Il faut être francophone. Mais quelle sera la langue de travail, pour ce poste ? L’anglais, bien sûr.
Jean Leymarie Production
Source : radiofrance.fr, le vendredi 10 mai 2024
Publié par Régis RAVAT le 15 mai 2024
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Orthographe : sylvie.costeraste@laposte.net




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