La Nouvelle-Calédonie, un « CAILLOU » stratégique !
Le 19 mai dernier se tenait, à Paris, une « RENCONTRE SUR LA NOUVELLE-CALÉDONIE », organisée par le Carrefour des acteurs sociaux et le Groupe d'étude sur les outre-mer français dans la zone d'influence indo-pacifique.
Par Bernard Mercier, président du Club M & M de Charleroi, rédacteur et correcteur de la revue
Monsieur Bernand Mercier remercie Monsieur Patrice Vermeulen, organisateur de ce colloque, qui a eu la gentillesse de lui communiquer le compte-rendu de cette réunion, en faisant remarquer que la présence française dans l'Indo-Pacifique engage aussi l'Europe, à qui elle permet d'être riveraine de cette zone devenue l'épicentre du monde. C’est à partir de ce document que Monsieur Bernand Mercier a pu alimenter le présent article, constitué essentiellement des minutes du colloque (texte entre guillemets), accompagnés de quelques mises en contexte utiles pour les lecteurs non avertis. Source : La Nouvelle Calédonie , un « caillou » stratégique Nationaal tijdschrift Mars & Mercurius – oktober 2025-4 - https://mars-mercure-charleroi.be/ https://mars-mercurius.be/wp-content/uploads/2025/10/Revue_2504.pdf Contact pour le Carrefour des acteurs sociaux : dircas@cas-france.org
La Nouvelle-Calédonie
Pour nous, Belges, la Nouvelle-Calédonie est lointaine, avec des connotations quelque peu exotiques et, en réalité, loin des préoccupations de la plupart de nos compatriotes.
Dans les faits, sur le plan geo-stratégique global, la Nouvelle-Calédonie constitue, sans aucun doute, une pièce-maîtresse de la zone indo-pacifique, devenue, dans les faits, le centre de notre Monde.
Il suffit de consulter les planisphères les plus utilisés de nos jours et il sera évident que ce n’est plus l’Océan Atlantique qui en occupe la partie centrale mais bien l’Océan Pacifique.
Convoitée notamment par la Chine, la Nouvelle-Calédonie est actuellement la pièce manquante qui permettrait à cette grande puissance de renforcer, au sud, une zone d’influence essentielle pour elle.
Si l’on examine d’un peu plus près la carte, on constate une certaine similitude entre la zone d’expansion maximale des conquêtes japonaises, au cours de la seconde guerre mondiale, et la zone passée aujourd’hui sous influence chinoise. Peut être cette comparaison permettra t-elle de mieux comprendre l’attitude des Étatts-Unis d'Amérique par rapport à la Chine, qui est peut-être (probablement ?) en train de réussir l’opération ratée par le Japon voici un peu plus de 80 ans.
L’invité du colloque était monsieur Daniel Miroux, résident calédonien de longue date, ancré dans la vie du territoire, Président-fondateur de l’Alliance Champlain de Nouméa.
Qu’est-ce que l’ « Alliance Champlain » ? L’écrivain Daniel Miroux a créé cette association calédonienne, en 1985, à Nouméa (capitale de la NouvelleCalédonie), en vue de promouvoir la langue française et la francophonie. L’association a diversifié ses actions à partir de 1998, année de la signature de l’accord de Nouméa (qui engageait une révision de la Constitution pour donner une plus grande autonomie à la Nouvelle-Calédonie - voir: Accord de Nouméa — Wikipédia), en apportant sa contribution à l’épanouissement des langues kanaks de la Nouvelle-Calédonie.
Monsieur Daniel Miroux, Breton de naissance, a suivi une formation d’économiste et a fait carrière dans le milieu bancaire (Banque Nationale de Paris), essentiellement en Nouvelle-Calédonie. Il fut aussi le premier directeur de la Banque de Wallis et Futuna, filiale de la BNP, créée en 1991, au sein de l’archipel éponyme. Monsieur MIROUX est l’auteur de 8 livres, dont 5 sur la langue iaaï, parlée dans l’île d’Ouvéa, dont est originaire son épouse, et également d’un ouvrage sur la langue française « Le français une langue en mouvement ». Membre du conseil d’administration de plusieurs associations à vocation culturelle et linguistique, tant en métropole qu’en Nouvelle-Calédonie, Daniel Miroux est Officier dans l’Ordre des Palmes académiques, ainsi que Chevalier des Arts et des Lettres. Il est aussi Chevalier dans l’Ordre de la Pléiade, ordre décerné par l'Assemblée parlementaire de la Francophonie. C’est donc un témoin particulièrement bien intégré dans la vie locale qui a ainsi pu présenter une vision éclairante de la situation dans ce territoire d’outre-mer convoité par d’aucuns.
Sur les tensions en Nouvelle-Calédonie
Depuis les violentes émeutes qui ont frappé la Nouvelle-Calédonie le 13 mai 2024, la situation de l'archipel inquiète et interroge. L'histoire de la Nouvelle-Calédonie a toujours été mouvementée. Afin de parer à une menace anglaise sur l'archipel, la France annexe la Nouvelle-Calédonie, en 1853, dont elle fait une colonie. Dès le départ, la question de l'occupation des terres a été une source de tension, provoquant une première insurrection, en 1878, suivie d'une autre, en 1917, dans le contexte de la Première Guerre mondiale.
Ralliée dès 1940 à la France libre, la Nouvelle-Calédonie voit débarquer sur son sol, pendant les cinq années de la Seconde Guerre mondiale, 400 000 Américains, à comparer aux 69 000 habitants d'alors, provoquant un brutal changement des mentalités. En 1945, l'ensemble des Néo-Calédoniens accède à la nationalité française, avec une instauration progressive du droit de vote à tous les citoyens.
Parallèlement se développe l'exploitation du nickel, qui entraîne un important mouvement migratoire et une urbanisation croissante. De nouvelles tensions surgissent dans les années 1980, donnant lieu aux « événements » qui culminent avec la prise d’otages d'Ouvéa, en 1988, suscitant la mort de 19 Kanaks et de 4 gendarmes.
C'est l'ampleur même de ce drame qui conduit les deux parties à négocier et à signer les accords de Matignon, le 26 juin 1988. Un rééquilibrage politique, économique, social et territorial est alors mis en place avec, notamment, la création des trois provinces (Nord, Sud et îles Loyauté), dont deux sont contrôlées par les indépendantistes. Les accords de Nouméa, de 1998, sont venus compléter le dispositif, avec l'instauration des trois référendums, qui ont tous abouti à un refus de l'indépendance, mais le dernier, en 2021, sans participation des indépendantistes.
Ceux-ci ont justifié leur boycott par le fait de la crise sanitaire, estimant que les conditions n'étaient pas requises pour tenir une consultation électorale. En fait, ils craignaient surtout un retournement d'une partie de la population kanak, favorablement impressionnée par l'aide de la métropole pendant la crise. C'est dans ce contexte qu'est intervenue l'insurrection du 13 mai 2024, suscitée par le refus des indépendantistes de revoir la composition du corps électoral qui avait présidé jusqu'ici aux différentes consultations.
Cette insurrection, que les autorités n'avaient pas anticipée, s'est produite selon une technique révolutionnaire bien établie, plusieurs foyers étant déclenchés simultanément, débordant ainsi rapidement les forces de l'ordre contraintes de protéger en priorité les bâtiments publics au détriment des centres économiques. 10 000 personnes étaient présentes sur les barrages, le plus souvent des mineurs déscolarisés et des jeunes désoeuvrés, dont la violence inouïe a suscité un nombre impressionnant de destructions, mettant à terre l'économie du territoire.
Question posée à M. Daniel Miroux
« Comment voyez-vous l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ? »
C'est une question à laquelle il est difficile de répondre actuellement. Dans l'état de confusion générale du moment, toutes les hypothèses sont envisagées. On évoque aussi bien une reprise en main directe par l’État qu'une partition. Le statu quo ne serait pas forcément la plus mauvaise solution car, avec la dévolution de pouvoirs accordée aux provinces, toutes les parties peuvent participer à la gestion active du territoire.
On pourrait encore renforcer ces pouvoirs, à condition que les acteurs le veuillent et se saisissent des opportunités offertes par les institutions. En tout état de cause, avant la question institutionnelle, la priorité est le redémarrage économique. Pour le reste, il est évident que la dynamique de la société multiculturelle que constituait la Nouvelle-Calédonie est cassée.
Les indépendantistes kanaks, dont la communauté constitue 43% de la population, refusent désormais tout partage du pays avec ceux qui constituent pourtant 57% de la population (30% d'Européens, 10% de Wallisiens et 17% de diverses origines). Ce retour sur le passé et ce repli sur soi sont navrants en ces temps d'ouverture sur le monde. Il est désormais difficile d'imaginer un seul peuple. « C'est dur pour moi qui ai consacré 50 ans de ma vie à cet idéal qui est aussi mon choix de vie. »
Source : RENCONTRE SUR LA NOUVELLE-CALEDONIE, autour de Daniel Miroux, Président de l'Alliance Champlain de Nouméa. Paris – Maison de la Nouvelle-Calédonie - Lundi 19 mai 2025.
Ci-dessous, l'entretien qu'a eu Daniel Miroux, le 9 novembre 2025, dans l'émission Plein Cadre, de France Télévisions Outre-Mer
Publié par Régis RAVAT le 16 novembre 2025
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Orthographe : sylvie.costeraste@laposte.net








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