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Contre l'envahissement de l'anglais à Bruxelles !

Le parti politique belge Défi (Démocrate Fédéraliste Indépendant) parle de faire de la lutte contre la montée en puissance de l'anglais à Bruxelles son nouveau cheval de bataille ?

par llb.debats@lalibre.be

Voilà un projet intéressant ! En effet, plutôt que de se focaliser sur une lutte contre le néerlandais, le parti pourrait s'opposer à la montée en puissance de l'anglais, devenu la langue de la mondialisation, et parfois perçue comme l'idiome des élites étrangères expatriées s'installant dans certains quartiers populaires de Bruxelles.

 

Un défit pour DÉFI !

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Défi a souvent défendu les intérêts des francophones à Bruxelles et sa périphérie, en particulier face à la pression flamande. Mais aujourd'hui, il semble évident que cette menace linguistique s'est quelque peu dissipée. En réalité, les néerlandophones peinent même à faire élire des représentants sur des listes purement flamandes dans la capitale. Le paysage linguistique a changé, et avec lui, les priorités doivent évoluer. C'est l'anglais qui progresse désormais, s'imposant lentement, mais sûrement dans de nombreux quartiers bruxellois, surtout dans les « zones européennes », mais pas uniquement. Même les noms d'organes administratifs bruxellois ne sont plus faits que d'anglais ; pensez par exemple à safe.brussels ou perspective.brussels. Face à cela, le français conserve néanmoins une position dominante, mais cette dominance recule, comme le montrent les conclusions des dernières études sur le multilinguisme, notamment le dernier baromètre linguistique de la VUB.

Le combat communautaire moderne

Alors, quelle est la menace véritable pour l'identité bruxelloise francophone ? Que se passerait-il si la tendance actuelle à l'anglicisation se poursuivait et que le français perdait davantage de terrain dans la capitale européenne ? Une stratégie viable pour Défi pourrait être de revenir partiellement à ses origines en faisant de la protection du français comme langue officielle et prioritaire à Bruxelles un combat communautaire des temps modernes. Plutôt que de se focaliser sur une lutte contre le néerlandais – un enjeu d'un autre temps –, le parti pourrait s'opposer à la montée en puissance de l'anglais, devenu la langue de la mondialisation, et parfois perçue comme l'idiome des élites expatriées s'installant dans certains quartiers populaires.

D'une part, il existe un profond sentiment de fierté autour de la langue française chez les intellectuels et les élites francophones à Bruxelles. En se positionnant comme le défenseur du français contre cette anglicisation rampante, Défi pourrait capter ce sentiment, le nourrir et l'amplifier. D'autant plus que cette montée de l'anglais se traduit non seulement dans les milieux professionnels et institutionnels, mais aussi dans des sphères plus quotidiennes : des cours de sport offerts uniquement en anglais dans certains endroits, des événements organisés exclusivement en anglais pour attirer les expatriés, voire des campagnes politiques pour séduire cette nouvelle population bruxelloise à aller voter. Créant ainsi une pression anglophone en plein cœur de la Région de Bruxelles-Capitale, officiellement bilingue en français et néerlandais.

L'exclusion sociale par l'anglais

Par cette nouvelle stratégie, Défi pourrait également tirer parti d'une autre fracture : celle qui oppose les classes populaires, souvent peu familières avec l'anglais, aux classes supérieures cosmopolites. La majorité des Bruxellois issus des milieux populaires ne maîtrisent pas l'anglais et vivent cette internationalisation de la ville comme une menace à leur intégration et leur participation dans leur propre ville. Si Défi parvient à mettre en lumière ce sentiment d'exclusion, elle pourrait apparaître comme la voix de ceux qui se sentent dépossédés de leur ville par l'élite anglophonisée. Il y aurait là un véritable levier pour reconquérir un électorat qui voit dans l'anglicisation de Bruxelles une forme de déclassement social.

De plus, ce phénomène est intimement lié à la gentrification de plusieurs quartiers bruxellois. L'arrivée massive d'expatriés, accompagnée d'une hausse des loyers et d'une transformation de certains quartiers en enclaves internationales, aggrave les inégalités sociales dans une ville déjà profondément divisée. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le très contesté plan régional de mobilité a été baptisé en anglais « Good Move ». Pour de nombreux Bruxellois, tout avait déjà mal commencé à ce moment-là. En liant la défense du français à celle de la justice sociale, Défi pourrait se repositionner comme un parti qui défend les intérêts des Bruxellois les plus vulnérables face à ces mutations profondes de l'internationalisation.

Cette nouvelle bataille pour la langue française ne serait pas seulement symbolique. Elle pourrait offrir à Défi une opportunité de réinventer son discours et de se reconnecter avec des électeurs qui cherchent une identité politique forte face aux défis des temps modernes à Bruxelles. En affirmant que la langue française est un pilier de l'identité bruxelloise à protéger, tant pour une question de principe linguistique que de justice sociale, Défi pourrait redonner un sens et une direction à son projet politique.

Source : lalibre.be, le vendredi 18 octobre 2024

 

Bruxelles, ou la mise en bière du français !

Pour la petite histoire, de mon séjpur à Bruxelles en 2014 :

À Bruxelles, dont le centre-ville est très anglicisé, au niveau de l’anglomanie, on gagne le pompon avec les boutiques « Belgian Beer Tradition », des boutiques qui proposent 250 bières belges de tradition, mais qui ont une enseigne tout en anglais.

Il y en a plusieurs dans la ville : je suis entré dans celle de la rue Au-Beurre, à deux pas de la Grand-Place. Comme il n’y avait pas de clients, j’ai pu parler quelque peu au vendeur et lui ai demandé notamment pourquoi mettre une enseigne en anglais pour vanter des bières belges en plein cœur de Bruxelles.

— « C’est pour les touristes, m'a-t-il dit, ici, nous sommes dans une zone touristique et la langue des touristes, c’est l’anglais ! »

— « Ah ! lui ai-je répondu, c’est donc parce qu’il y a beaucoup de touristes qui parlent anglais que vous vous affichez en anglais, mais dans vos banlieues où il y a beaucoup de Magrébins, alors tout est écrit en arabe ? ».

— « Non », me répondit-il, surpris par cette comparaison.

— « N’avez-vous pas l’impression, dans ces conditions, lançai-je pour alimenter la conversation, de pratiquer une certaine discrimination : les touristes qui parlent anglais au centre-ville, ont droit à une signalétique en anglais, tandis que les immigrés, eux, n’ont pas ce même droit à l’égard de leurs langues ? ».

Bien embarrassé, le vendeur pour me répondre !

Ci-après un diaporama réalisé à partir d'un enregistrement-audio fait à partir d'un téléphone mobile (d'où le son de mauvaise qualité).




Publié par Régis RAVAT le 22 octobre 2024

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