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Mai 2026, Emmanuel Macron en Afrique !

Le samedi 9 mai 2026 était l'inauguration officielle du tout nouveau campus de l'Université Senghor (à Borg El-Arab, près d'Alexandrie).

Cet événement a revêtu une importance diplomatique majeure pour l'espace francophone :

- Des dirigeants de premier plan étaient sur place, notamment le président français Emmanuel Macron - qui ouvrait par cette étape une tournée africaine - et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

- L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) était représentée au plus haut niveau par sa Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo.

L'Université Senghor étant l'un des opérateurs directs et historiques de la Francophonie (dédiée à la formation des cadres et au développement africain), cette inauguration a donné lieu à d'importants discours politiques sur l'avenir de la langue française, le multilinguisme et la coopération en Méditerranée, mais sans les séances de travail multilatérales qui caractérisent un « Sommet » des chefs d'État.

L'inauguration de l'Université Senghor à Alexandrie, le samedi 9 mai, constituait la première étape de la tournée africaine d'Emmanuel Macron, conçue précisément pour lancer le nouveau format du Sommet France-Afrique (officiellement rebaptisé pour cette édition le sommet « Africa Forward »).

La chronologie de cette séquence diplomatique s'est articulée de manière très fluide :

- L'étape d'Alexandrie (9 mai) : Une escale hautement symbolique axée sur la culture et la langue. Devant un parterre de dirigeants africains, le président français y a défendu la francophonie comme un « projet universaliste ». C'était une manière de rappeler les liens culturels avant d'ouvrir le volet purement économique.

- Le Sommet Africa Forward (11 et 12 mai) : Juste après son passage en Égypte, Emmanuel Macron s'est envolé pour Nairobi, au Kenya, où s'est tenu le sommet à proprement parler.

 

Un sommet en rupture avec le passé

Ce sommet France-Afrique 2026 a marqué un tournant historique pour deux raisons majeures :

-1. Le choix d'une terre anglophone : En installant le sommet au Kenya, la France a manifesté sa volonté de sortir de son "pré carré" traditionnel de l'Afrique de l'Ouest francophone pour élargir ses partenariats commerciaux à l'ensemble du continent.

-2. Un virage purement économique et orienté vers l'innovation : Loin des anciennes grand-messes politiques ou sécuritaires, les discussions ont abouti à l'annonce d'une enveloppe de 23 milliards d'euros d'investissements, portée conjointement par des entreprises françaises et des investisseurs africains.

L'événement d'Alexandrie et le sommet de Nairobi faisaient donc partie d'un seul et même grand voyage diplomatique visant à refonder la relation entre la France et le continent africain.

Malheureusement dans ce voyage, nous avons retrouvé la fameuse devise du Président Macron le « en même temps » : d'un côté il vante la francophonie et de l'autre il va à un sommet qui se nomme en anglais « Africa Forward » ?

Cette contradiction a précisément fait bondir les défenseurs de la langue française et du plurilinguisme.

D'un côté, le discours d'Alexandrie à l'Université Senghor se voulait une ode à la Francophonie, célébrée comme un espace de résistance culturelle et un projet universaliste face à l'uniformisation linguistique. De l'autre, à peine quelques heures plus tard, la diplomatie française se rendait au Kenya pour un sommet officiellement baptisé en anglais : « Africa Forward ».

Cette dualité met en lumière deux logiques qui s'affrontent au sommet de l'État :

1. La realpolitik économique face au pragmatisme linguistique

Pour l'Élysée, le choix de l'anglais pour ce sommet répond à une logique de pur pragmatisme des affaires. Le Kenya étant le cœur économique de l'Afrique de l'Est anglophone, le gouvernement a estimé qu'adopter un label en anglais permettait de s'adresser directement aux entrepreneurs, jeunes entreprises et fonds d'investissement de cette région, sans la barrière de la langue. C'est la vision d'une France qui veut s'afficher « moderne « , « start-up nation » et interconnectée avec la mondialisation.

2. Le recul de la diplomatie d'influence par la langue

Pour les observateurs et les mouvements associatifs attachés à la défense du français, ce choix est perçu comme un renoncement, voire une faute politique. L'argument est simple : comment la France peut-elle convaincre ses partenaires africains de l'importance de la langue française si elle-même capitule devant le « tout-anglais » dès qu'il s'agit d'économie et d'innovation ?

Le paradoxe Toubon : L'usage systématique d'anglicismes ou de slogans anglophones par les institutions publiques à l'étranger (comme le fameux « Choose France ») affaiblit la crédibilité de la politique linguistique nationale.

En voulant jouer sur les deux tableaux - le rayonnement culturel francophone en Égypte et l'efficacité économique anglophone au Kenya - l'exécutif donne l'impression de reléguer le français au rang de langue du passé ou de la culture, tout en concédant à l'anglais le monopole de l'avenir et des affaires. Une contradiction flagrante qui continue d'alimenter les débats sur la cohérence de la politique linguistique de la France sur la scène internationale.

Tout cela est toute de même bien triste qu'un président de la France ne défende pas mieux nos intérêts linguistiques !

Ce sentiment est profondément partagé par de nombreux observateurs, linguistes et citoyens qui voient dans ces choix politiques un signal de capitulation culturelle. Pour beaucoup, la langue n'est pas seulement un outil de communication que l'on peut troquer contre un autre selon le marché, mais le véhicule même de notre souveraineté, d'une pensée singulière et d'une vision du monde.

Ce manque de fermeté au plus haut niveau de l'État est d'autant plus paradoxal que la France dispose d'un arsenal juridique unique pour se protéger.

Le décalage entre les lois et la pratique politique

En France, les textes sont pourtant clairs et protecteurs :

- La Constitution : L'article 2 est sans équivoque : « La langue de la République est le français. »

- La loi Toubon (1994) : Elle a été conçue précisément pour faire barrage au « tout-anglais » dans l'espace public, les services publics, le droit du travail et le commerce.

Le problème ne vient donc pas du manque de règles, mais de l'exemple donné par les institutions elles-mêmes. Qu'il s'agisse de slogans nationaux (« Choose France », « French Tech ») ou de sommets internationaux comme « Africa Forward », l'usage de l'anglais par les autorités publiques affaiblit considérablement la portée de ces lois. Comment exiger des citoyens, des commerçants ou des publicitaires qu'ils respectent la langue nationale si l'État s'en affranchit dès qu'il s'adresse au monde des affaires ?

Un combat qui repose sur la vigilance citoyenne

Face à ce que certains qualifient de laisser-aller ou de snobisme linguistique de la part des élites, la résistance s'est largement déplacée vers la société civile.

Aujourd'hui, ce sont principalement les associations de défense de la langue française qui mènent le combat au quotidien. Par leurs actions de sensibilisation, leurs interventions auprès des médias et leurs recours juridiques face aux administrations ou aux collectivités locales qui cèdent aux anglicismes, elles rappellent que le français reste un droit constitutionnel.

Dans un monde multipolaire, la défense du français n'est pas un repli frileux ; c'est, au contraire, le refus de l'uniformisation et la promotion d'une véritable diversité culturelle sur la scène internationale.

 

Ce qu'en pense MM. De Villiers et Onfray !

Voici, ci-après, au sujet de la visite en Afrique du Président Macron du 9 au 12 mai 2026, l'intervention sur CNEWS (la mal nommée !) de Philippe de Villers dans l'émission « Face à Philippe de Villiers » du vendredi 15 mai 2026 et celle de Michel Onfray dans l'émission « Face à Michel Onfray » du samedi 16 mai 2026.

- On remarquera que Philippe de Villiers parle de « Sommet de la Francophonie », alors qu'il s'agit d'un Sommet France-Afrique. À noter que le Sommet de la Francophonie à venir  (le XXᵉ Sommet) est en cours de préparation et se déroulera au Cambodge d'ici la fin de l'année.

- On remarquera également que Michel Onfray insiste sur la qualité du français parlé, attachant moins d'importance sur le nombre de locuteurs. Cela nous paraît être stratégiquement parlant une erreur, car il ne servirait à rien d'avoir une poignée de locuteurs parlant un français académique, si le nombre n'y est pas, car, tout simplement, les minorités sont toujours obligées de se plier à la majorité. Cela est vérifiable, par exemple, dans l'Ouest-canadien où les minorités francophones sont à peine autorisées à parler français. En fait, pour que, demain, les locuteurs francophones puissent vivre, travailler et prospérer en français, il faut veiller à ce que la langue française réponde à deux critères : la qualité du français et le nombre de francophones. Abandonner un de ces critères, c’est perdre la guerre !

Philippe de Villiers, Michel Onfray, CNEWS

 

 

 




Publié par Régis RAVAT le 28 mai 2026

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