La langue roumaine – une « Cendrillon » dans les rues de Tighina : la plupart de Moldaves parlent leur langue maternelle en chuchotant

 

La forteresse de Tighina

 

Les Moldaves de la ville située sur le Dniestr évitent de s’exprimer en roumain. Surtout quand il s’agit de chercher un emploi, beaucoup d’entre eux cachent même leur identité. Les jeunes qui parlent roumain partent de la ville, car, disent-ils, les employeurs les acceptent seulement aux fonctions non-qualifiées.

Depuis plus de 15 ans, dans la ville, existe un lycée où l’enseignement est dispensé en langue roumaine et où des milliers d’élèves ont fait leurs études. Mais ils ont tous abandonné la ville, partant soit à Chisinau, soit en Roumanie, et ne sont plus rentrés. Parmi les peu nombreux qui sont quand même revenus dans leur ville natale, Diana Midoni qui a fait ses études à la Faculté de Journalisme de l’Université de Bucarest. Une fois rentrée à Tighina, elle a dû longtemps chercher un emploi.

 

 

 

Diana Midoni (à gauche) et ses anciens professeurs,

 Nina Gherec et Raisa Condrea

 

 Détentrice d’un diplôme roumain, elle ne pouvait se faire embaucher que comme vendeuse dans un supermarché. Enfin, elle s’est adressée à  la rédaction « en langue moldave » de l’unique chaîne locale de télévision, BTV. « Après deux années de travail, j’ai décidé de partir à Chisinau. Ici, il n’y a aucune perspective, les hiérarchies sont clouées et on ne prévoit pas de changements », raconte la jeune fille qui cherche un emploi. « J’étais entourée seulement de personnes parlant russe et je sentais que je me plafonnais », ajoute Diana.

 

« Là-bas, il n’y a pas d’avenir »

« Les gens sont très désolés de leur vie, même beaucoup de Russes sont dans un désarroi tragique. Seuls des vieux et des enfants sont restés dans la ville, car la plupart de citadins sont des saisonniers en Russie et ne rentrent que pour les fêtes », dit la fille de Tighina, ville qui depuis plus de 19 ans est contrôlée par le régime séparatiste de Tiraspol.

Diana a une cousine qui a fait ses études à une université de Chisinau. Comme par magie, sa cousine a trouvé un emploi à la chaire de langue anglaise dans une école russe. Pour ne pas perdre ce travail, elle se voit contrainte à cacher ses origines roumaines. « Ici, il n’y a pas d’opportunités pour les jeunes. Pour quoi revenir ? », se demande Raisa Condrea, professeur de roumain au lycée « Alexandru cel Bun ».

Une autre jeune, Elena Televca de 26 ans, a décidé elle-aussi de rentrer à Tighina. Elle a fait ses études au Collège de Médecine à Chisinau et travaille aujourd’hui comme technicien dentaire dans la clinique municipale.

 

Les Moldaves qui ne savent pas où ils sont

Rue des Soviets

 

« Nous nous en sortons comme nous pouvons ; nous parlons le plus souvent en russe. Ce n’est qu’en famille et avec des amis que nous pouvons parler roumain. Sinon, on a partout besoin du russe, dit Hélène. En fait, ça ne nous dérange pas, mais parfois, même des vieux nous font des remarques pourquoi nous parlons « moldave » comme si nous ne nous rendions pas compte où nous sommes. Mais c’est vrai que ces dernières années cela n’arrive pas très souvent », ajoute-t-elle.

 

Ces deux jeunes disent que, pour éviter les conflits, les Moldaves parlent partout russe, parce qu’on ne peut pas savoir qui est Russe et qui est Moldave.

 

« Un pays dans un autre pays »

Le lycée « Alexandru cel Bun », où l’enseignement se fait en roumain, a trois bâtiments différents. Pour ces bâtiments, Chisinau paie le loyer aux autorités séparatistes. Les salles de classes sont dans la banlieue.

 

« Seulement là-bas nous pouvons arborer notre drapeau tricolore et chanter l’hymne d’État pendant la rentrée et le dernier jour de l’année scolaire. Là-bas, est un autre pays - un pays dans un pays, et encore dans un pays. Comme une matriochka » dit Nina Gherec, vice-directrice du lycée.

 

Le nombre d’élèves s’est réduit à moitié

Les dix dernières années, le nombre d’élèves s’est réduit deux fois. « Cette réduction a été causée par la dénatalité et l’immigration, un phénomène spécifique pour tout le pays, mais aussi à cause des problèmes eus avec les autorités de la Transnistrie », dit Gherec.

La professeur affirme aussi que dans la ville, il y a vingt écoles, dont une seule est « mixte » - moldavo-russe. Elle suppose que beaucoup de Moldaves ont fait inscrire leurs enfants dans des classes russes, comme l’ont fait des gens qu’elle connaît. Elle a deux fils et ils font tous les deux la navette à Causeni, parce que les autorités séparatistes n’ont pas besoin de spécialistes formés à Chisinau ou en Roumanie. « Ma belle fille a fait ses études en design en Roumanie et elle ne peut pas trouver d’emploi. Ici il y a une forte odeur de communisme », nous dit la femme avant de nous séparer.

 

Dossier à la Cour Européenne des Droits de l’Homme

En été de l’an 2004, les autorités séparatistes ont suspendu l’activité des huit écoles roumaines de la rive gauche du Dniestr, y compris de Tighina. Pendant un mois et demi, les élèves, les parents, les professeurs ont surveillé le lycée « Alexandru cel Bun » pour que la milice séparatiste ne pénètre pas dans la cour du lycée. Après ce conflit, les parents ont déposé des demandes auprès de la Cour de Strasbourg, invoquant la violation du droit à l’éducation.

« Les dossiers sont à la Grande Chambre qui devrait prendre une décision, mais maintenant tout dépend d’un autre dossier, Al-Skeni contre l’Angleterre, qui se rapporte au problème de juridiction », dit Alexandru Postica, l’avocat des réclamants.

 

Article de Valentina Basiul repris sur le site http://www.adevarul.ro/moldova/Roma...

Traduit par Nina Tampiza

 

 

Source : moldavie.fr, le 30 mars 2012

http://www.moldavie.fr/spip.php?article2215

 

 

 

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