Sujet :

L'article anti-français du Time

Date :

11/12/2007

Envoi d'Aleks Kadar (courriel : aleks.kadar(chez)free.fr)     

Mesure anti-pourriels : Si vous voulez écrire à notre correspondant, remplacez « chez » par « @ ».

 

« La mort de la culture française » (ou “The Death of French Culture”), tel était le titre de la couverture du magazine Time dans son édition européenne du lundi 3 décembre 2007. L’article en question, “In search of lost time”, écrit par le journaliste Donald Morrisson, n’a pas manqué de provoquer la polémique en France : immédiatement, les journaux parisiens (Le Figaro, Libération…) se sont emparés du phénomène à coups de critiques contre Time et son auteur. Les commentaires de blogueurs et les réactions des internautes prirent le relais dans une élan de réaction à chaud entre pros et antis.

En réalité, « La mort de la culture française » est un article particulièrement long (plus d’une trentaine de paragraphes), où l’auteur a tenté d’avoir la vision la plus exhaustive possible – à sa manière - et nécessite une lecture entière pour éviter les simples bribes et autres morceaux choisis par les journaux et la bloguosphère.

Courrier Sud vous propose une traduction en français afin d’inviter ceux que l’anglais rebute ou fatigue à lire tout de même l’article incriminé, dans son entier.

La pertinence de l’article de Donald Morrison du Time reste à votre entière appréciation.

Bonne lecture

 

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À la recherche du temps perdu

La terre de Proust, Monet, Piaf et Truffaut a perdu son statut de superpuissance culturelle. Peut-elle retrouver sa gloire ?  

par DON MORRISON/PARIS

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Les jours se font plus courts. Le vent froid soulève les feuilles mortes et, certains matins les vignobles sont barbouillés de givre. Et cependant, partout à travers la France, la vie a entamé un nouveau cycle : les nouvelles vendanges sont arrivées. Et quelles vendanges ! Au moins 727 romans cette année, contre 683 pour la dernière rentrée littéraire d’automne, des centaines de nouveaux albums musicaux, des dizaines de nouveaux films, des super-expositions dans tous les grands musées, des programmes tout frais en concerts, opéras et pièces de théâtre dans les élégantes salles(f) qui ornent les villes françaises.

L’automne signifie tellement de choses dans tant de pays, mais en France, elle signale les premiers pas d’une année culturelle nouvelle.

 

Illustration pour  le TIME de Jonathan Burton

 

Et personne ne prend la culture plus au sérieux que les Français. Ils la subventionnent généreusement ; ils la dorlotent avec des quotas et des exemptions d’impôts. Les médias français lui donnent beaucoup de temps d’antenne et des centimètres de colonnes dans les journaux. Même les magazines de mode comportent de sérieuses critiques littéraires et l’annonce du Prix Goncourt le 5 novembre - un prix parmi plus de 900 prix littéraires - était en une de l'actualité à travers le pays. (Il est allé au roman "Alabama Song" de Gilles Leroy.) Chaque ville, indépendamment de sa taille, possède son opéra ou son festival de théâtre annuel, presque toutes les églises leur week-end d'orgue ou leur récital de musique de chambre.

Mais il existe un problème. Tous ces chênes imposants que l’on abat dans la forêt culturelle française font tout juste un peu de bruit à l’extérieur. Jadis admirée pour l'excellence dominatrice de ses écrivains, artistes et musiciens, la France est à présent une puissance qui dépérit sur le marché culturel mondial. C’est une question particulièrement sensible à présent, alors qu'un nouveau président énergique, Nicolas Sarkozy, entreprend de restaurer l'importance de la France dans le monde. Pour ce qui est de la culture, il aura en tout cas un travail taillé pour lui.

Seule une poignée des nouveaux romans de cette saison trouvera un éditeur hors de France. Moins d'une douzaine le sera aux États-Unis dans une année moyenne, alors que dans le même temps, 30 % de toutes les fictions vendues en France sont traduites de l'anglais. C'est à peu près le même pourcentage qu'en Allemagne, mais là-bas le nombre total de traductions en anglais a presque diminué de moitié au cours des dernières décennies alors que ce chiffre est toujours croissant en France. Les précédentes générations d'écrivains français - de Molière, Hugo, Balzac et Flaubert à Proust, Sartre, Camus et Malraux – ne manquaient effectivement pas d'une audience internationale. La France revendique ainsi une douzaine de lauréats du prix Nobel de littérature, soit plus que tout autre pays, quoique le dernier en date, Gao Xingjian en 2000, écrive en chinois.

L'industrie du cinéma français, la plus grosse il y a un siècle, doit encore retrouver le renom de la Nouvelle Vague des années 1960, quand des directeurs tels que François Truffaut et Jean-Luc Godard réécrivaient les règles de la cinématographie. La France pond encore environ 200 films par an, soit plus que tout autre pays en Europe. Mais la plupart des films français sont aimables, sorte de broutilles à petits budgets pour le marché intérieur. Les films américains représentent quant à eux près de la moitié des tickets vendus dans les cinémas français. Bien que des films du terroir aient comblé leur retard, le seul film vaguement français à gagner une gloire au box-office américain est le film d'animation Ratatouille – oh pardon, il a été fabriqué aux États-Unis par Pixar… 

La place artistique de Paris, berceau de l'impressionnisme, du surréalisme et autres majeurs courants se terminant en -ismes, a été supplantée, en termes commerciaux, par New York et Londres. D'après les calculs d'Alain Quemin, un chercheur à l'université française de Marne-La-Vallée, les maisons de vente aux enchères en France ne représentent aujourd’hui plus que 8 % des ventes tous publics d'art contemporain, contre 50 % aux Etats-Unis et 30 % en Grande-Bretagne. Dans un calcul annuel effectué par le magazine allemand Capital, les États-Unis et l'Allemagne ont chacun quatre des dix artistes les plus largement exposés dans monde; la France, elle, n'en a aucun. Une étude d'ArtPrice sur marché de l'art contemporain en 2006 s’est aperçue que les œuvres de la figure dominante européenne, le Britannique Damien Hirst, se vendent à une moyenne de 180 000 $. Le plus fameux artiste français de la liste, Robert Combas, n’inspire que 7 500 euros par réalisation.

La France a effectivement des compositeurs et des chefs d'orchestre de réputation internationale, mais aucun équivalent à des géants du XXe siècle tels que Debussy, Satie, Ravel et Milhaud. Dans la musique populaire, les chanteurs et chanteuses(f) tels que Charles Trenet, Charles Aznavour et Édith Piaf furent jadis écoutés du monde entier. Aujourd'hui, les Américains et les Britishs dominent la scène pop. Bien que l'industrie musicale ait vendu pour 1,7 milliard de dollars d'enregistrement et de téléchargements l'année dernière, peu d'interprètes sont célèbres hors du pays. Entre nous, citez rapidement une star de variété française qui ne soit pas Johnny Halliday.

Le profil culturel amoindri de la France n’aurait été juste qu’une simple note discordante nationale à l’image du faible taux de natalité de l’Italie ou du penchant de la Russie pour la vodka. Mais la France est la France. C’est un pays où promouvoir l’influence culturelle a été la politique nationale durant des siècles, un pays où les philosophes controversés et les nouveaux musées démonstratifs sont des symboles de fierté et de patriotisme. De plus, la France a endossé la responsabilité de promouvoir le concept d’« exception culturelle » qui autorise les gouvernements à empêcher l’entrée des produits de divertissement étrangers tout en subventionnant les leurs. Les dirigeants français, qui croient qu’un tel protectionnisme est essentiel pour sauver la diversité culturelle du poids lourd qu’est Hollywood, condamnèrent ainsi jadis le "Jurassic Park" de Steven Spielberg (1993) en tant que « menace pour l’identité française ». Ils réussirent à garantir le concept d’exception culturelle dans un accord de l’UNESCO en 2005 et luttent régulièrement en sa faveur dans les négociations de commerce international.

 Accentuer ce qui est positif

En outre, la France s'est longtemps assignée une « mission civilisatrice » pour rendre meilleurs les pays alliés et les colonies, sans distinction. En 2005, le gouvernement a même ordonné aux lycées en France d'enseigner « le rôle positif » de la colonisation française, c'est-à-dire comme élevant l'âme des autochtones (le décret fut abrogé plus tard). À l’image d’une certaine autre nation dont les principes fondateurs proviennent du siècle des Lumières au XVIIIe, la France ne fait pas dans la timidité en ce qui concerne ses valeurs. Et comme Sarkozy l'a récemment observé : « aux États-Unis et en France, nous pensons que nos idées sont destinées à illuminer le monde ».

Sarkozy est avide de donner suite à cette destinée. Le nouveau président s'est engagé à renforcer non seulement l'économie française, l'éthique du travail et l'importance diplomatique – mais il a aussi promis « de moderniser et d'approfondir l'activité culturelle de la France ». Les détails se font attendre, mais le gouvernement a déjà proposé de mettre fin aux prix d'entrée aux musées et, alors qu'il coupe ailleurs des budgets, de porter celui du Ministère de la Culture à 11 milliards de dollars, soit une hausse de 3,2 %.

La question de savoir si de tels efforts auront beaucoup d'impact sur la perception étrangère est une autre affaire. Dans un sondage de septembre interrogeant 1 310 Américains pour Le Figaro Magazine, seuls 20 % considéraient la culture comme étant un domaine dans lequel la France excelle, loin derrière la cuisine. De même, les attentes des nationaux sont basses. Beaucoup de Français croient que leur pays et sa culture sont sur le déclin depuis… à vous de choisir : 1940 et l'humiliante occupation allemande; 1954, la discorde semée par le début du conflit algérien; 1968, l'année révolutionnaire à laquelle des conservateurs comme Sarkozy attribue le fait que la France soit passée sous l'influence d'une nouvelle génération, plus désinvolte, qui a ébranlé les valeurs de l'éducation et du comportement.

Ces dernières années, pour les Français, toutes couleurs politiques confondues, le déclinisme(f) est un sujet pimenté. Les librairies sont remplies de jérémiades telles que « La France qui tombe », « Le grand gaspillage », « La guerre des deux France » ou « Les classes moyennes à la dérive ». Les invités des émissions de débat et les chroniqueurs d'opinion décrient la fortune faiblissante de la France. Même la défaite de l'équipe de France de rugby à la Coupe du Monde, accueillie en France cette année, est ruminée comme un indice de la décadence nationale. Mais la plupart de ces lamentations évoque l'économie, et l'ascension de Sarkozy a été en grande partie due aux promesses qu’il avait faites de s'en préoccuper.

Le déclin culturel est un point faible plus difficile à évaluer - et à aborder. Traditionnellement, un milieu de droite s'adresse à la nostalgie de certains Français pour la société du XIXe et du début du XXe siècle, plus rigoureuse et plus hiérarchique. Paradoxalement, cette ère-là, faite de manières empesées, inspira beaucoup la vitalité culturelle postérieure de la France. « Beaucoup d'artistes français étaient se sont créés en opposition au système d'éducation », affirme Christophe Boïcos, un conférencier d'art à Paris possédant une galerie. « Romantiques, Impressionnistes, Modernistes – tous étaient des rebelles contre les valeurs académiques de leur temps. Mais ces valeurs étaient d’un niveau bien élevé et contribuaient donc à l'impressionnante qualité des artistes qui se rebellaient contre elles ».

Le fardeau de la palabre.

La qualité, bien sûr, se forge à travers l'œil de l'observateur ; il en est aussi du sens même du mot culture. Le terme se référait originellement à la croissance des choses, comme en agriculture. Finalement, il en est venu à embrasser le fait de cultiver l'art, la musique, la poésie et autres activités de « haute-culture » de la part d'une élite à l'esprit noble. Dans les temps modernes, les anthropologues et sociologues ont élargi le terme pour englober les enthousiasmes de "basse culture" des masses, tout comme les systèmes des castes, les coutumes d'enterrement et autre comportement.

Les Français aiment avoir de la culture tous azimuts. Leur gouvernement dépense 1,5 % du PIB à soutenir une large palette d'activités culturelles et récréatives (contre seulement 0,7 % en Allemagne, 0,5 % au Royaume-Uni et 0,3 % aux États-Unis). Le Ministère de la culture, avec ses 11 200 employés, prodigue de l'argent aux piliers de la « haute-culture » que sont les musées, les opéras et les festivals de théâtre. Mais le Ministère nomma aussi un Ministre pour le Rock'n'Roll dans les années 1980 pour aider la France à être en concurrence contre les Anglo-Saxons, en vain. De la même manière, le parlement vota en 2005 afin de désigner le foie gras comme une partie intégrante de l'héritage culturel, méritant une protection.

Les subventions en France sont omniprésentes. Les producteurs de n'importe quel film non pornographique peuvent obtenir une avance gouvernementale contre les recettes du "box-office" (la majorité des prêts ne sont jamais entièrement remboursés). En fait, les recettes qui proviennent de la taxe de 11% sur les tickets de cinéma sont réinvestis sous forme de subventions. La première chaîne payante  du pays, Canal Plus, doit dépenser 20 % de son chiffre d'affaires à acheter des droits de télévision aux films français. Conformément à la loi, 40 % des émissions à la télévision et à la radio doivent être françaises. Des quotas distincts régissent les heures de grande audience pour s'assurer que les programmations françaises ne sont pas reléguées vers le milieu de la nuit. Le gouvernement distribue des exemptions d'impôts pour ceux qui travaillent en indépendant dans les arts du spectacle. Peintres et sculpteurs peuvent obtenir des ateliers subventionnés. L'État mène aussi un programme de l'ombre issu du Ministère des Affaires étrangères qui va bien au-delà des efforts culturels des autres grands pays. La France expédie des tas d’avions avec artistes, interprètes et œuvres vers l'étranger et subventionne 148 groupes culturels, 26 centres de recherche et 176 fouilles archéologiques à l’extérieur des frontières.

Avec tous ces avantages, pourquoi l'offre culturelle française ne se débrouille-t-elle pas mieux à l'étranger ? Un des problèmes est qu'une grande partie de cette offre est en français, qui représente seulement la 12e langue la plus parlée au monde, le chinois étant la première, l'anglais la seconde. Pire encore, les organes majeurs de critique et de promotion culturelle - c'est-à-dire la machine à pub mondiale - sont de plus en plus localisés aux États-Unis et au Royaume-Uni. « Dans les années 40 et 50, tout le monde savait que la France était le centre de la scène artistique et vous deviez venir ici pour être remarqué, selon Alain Quemin, maintenant, vous devez aller à New-York ».

Un autre problème est celui des subventions, qui assureraient la médiocrité selon des critiques. Dans « De la culture en Amérique », un livre de 2006 largement débattu, l'ancien attaché culturel Frédéric Martel s'étonne du fait que les États-Unis puissent produire autant de « haute » culture de bonne qualité avec presque pas de soutien gouvernemental. Il en conclue que la politique de subventions comme celle de la France décourage les participants privés - et l'argent - qui veulent rentrer dans l'univers culturel. Martel observe que « si le ministère de la culture est introuvable, la vie culturelle est partout ».

D'autres critiques avertissent que la protection des industries culturelles limitent leur attrait. Avec un marché domestique à l'abri grâce à des quotas et la barrière de la langue, les producteurs français peuvent prospérer sans des ventes à l'étranger. Seulement 1 film français sur 5 est exporté vers les États-Unis, 1 sur 3 en Allemagne. « Si la France était la seule la nation qui puisse décider ce que l'art est ou n'est pas, alors les artistes français marcheraient très bien, affirme Quemin, mais nous ne sommes pas le seul acteur, ainsi nos artistes doivent-ils apprendre à regarder à l'extérieur ».

Certains aspects du caractère national peut aussi jouer un rôle. L'abstraction et la théorie ont longtemps été prisées dans la vie intellectuelle française et mises en exergue dans les écoles. Nulle part cette tendance est plus apparente que dans la fiction qui souffre encore du mouvement introspectif du nouveau roman(f). Beaucoup des romanciers français les plus révérés aujourd'hui par la critique écrivent une fiction avec un style dépouillé et élégant qui voyage mal. D'autres pratiquent ce que les Français appellent l'autofiction(f) - des mémoires à peine voilées qui dissimulent mal qu'elles ont été conçues par une absorption du moi profond. Ainsi, Christine Angot a reçu le Prix de Flore 2006 pour son dernier travail, « Rendez-vous », une dissection excessivement introspective de ses histoires d'amour. L'un des quelques écrivains français contemporains à être largement publiés à l'étranger, Michel Houellebecq, est surtout connu pour sa misogynie, sa misanthropie et son obsession pour le sexe. « Aux États-Unis, les écrivains veulent travailler dur et connaître le succès » d'après François Busnel, directeur éditorial de Lire, un magazine littéraire populaire (seulement en France !). « Les écrivains Français pensent qu'ils doivent être des intellectuels ».

À l'inverse, la fiction étrangère - spécialement les nouvelles d'actualité ou réalistes - se vendent bien en France. Des auteurs anglo-Saxons guidés par ce type narratif comme William Boyd, John le Carré et Ian McEwan sont sur-représentés dans la liste française des meilleures ventes, pendant que des Américains tels que Paul Auster et Douglas Kennedy sont considérés comme des fils adoptifs. « C'est un lieu où la littérature est encore prise au sérieux », déclare Kennedy, dont la traduction française de "The Woman In The Fifth" eut un grand succès en France. « Mais si vous regardez la fiction américaine, elle traite de la condition américaine, d’une manière ou d’une autre. Les romanciers français produisent des trucs intéressants, mais ce qu’il ne font pas, c’est de regarder la France ».

Le cinéma français a aussi souffert d’un complexe du nouveau roman. « Le film français typique des années 80 et 90 avait une poignée de personnes assises au déjeuner et manifestant des désaccords les unes avec les autres », raille Marc Lévy qui est l’un des romanciers les plus publiés en France. (Son livre « Et si c’était vrai… », édité en anglais sous le titre "If Only It Were True", est devenu en 2005 le film hollywoodien "Heaven", avec pour vedettes Reese Witherspoon et Mark Ruffalo). « Une heure et demi après, ils sont assis pour dîner et certains s’accordent tandis que d’autres ne s’entendent pas. » La France d’aujourd’hui peut faire des films commerciaux bien menés – Amélie Poulain, « Danse avec les loups » – mais pour beaucoup d’étrangers, le fardeau de la palabre persiste.

(f) : NDLR : mot ou expression écrit en français dans le texte d’origine

 

Source : courrier-sud-toulouse.blog.20minutes.fr, lundi 10 décembre 2007

http://courrier-sud-toulouse.blog.20minutes.fr/archive/2007/12/14/mort-culture-francaise-death-french-culture-3.html

 

 

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Analyse très intéressante, quoique longue, en forme de contre-argumentaires, sur cet autre blogue
http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/2007/12/03/7068324.html
 

 

 

RÉPONSE AU « TIME MAGAZINE » ET A DONALD MORRISON :

NON ! LA CULTURE FRANCAISE N'EST PAS MORTE

 

Time_magazine_The_Death_of_French_Culture Le magazine hebdomadaire étatsunien le "TIME"  fait sa une cette semaine, en Europe, avec ce titre: « La mort de la culture française ». L'auteur de la charge, Donald Morrison commence par une sentence étrange, affirmant que la France, « le pays de Proust, Monet, Piaf et Truffaut a perdu son statut de superpuissance culturelle », comme si puissance et culture étaient intrinsèquement liées ? Ce lien qui justifie tout le reste de l'article reflète pourtant bien la méconnaissance de ce qu'est la culture, liée à l'amour du monde et non à la volonté de dominer la planète. Parler d'une culture en termes de « superpuissance » est inepte mais assez inquiétant de la part d'un « penseur ». Cela témoigne d'une grave faillite intellectuelle et d'un envahissement du vocabulaire géopolitico-militaire dans l'esprit de nombreux états-uniens et occidentaux... D'autre part, si la langue française, pour des raisons historiques n'ayant rien à voir avec sa « qualité » recule, il est faux de dire que la culture française est morte. Même aux États-Unis, nous essaierons de le montrer, elle est omniprésente, au niveau de la culture dite « populaire » ou « de masse », au plan universitaire et philosophique et, enfin, dans le champ politique.

 

« Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple,

s'il ne l'est pas aujourd'hui, il le sera demain  ».

Credo de l'école laïque, gratuite et obligatoire de Jules Ferry.

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L'UNIVERSEL CULTUREL FRANÇAIS CONTRE L'UNIFORMISATION ÉTATS-UNIENNE : LA CULTURE COMME AMOUR DU MONDE OU COMME ARME DE DOMINATION DU MONDE ? :

.M. Donald Morrison explique donc « la mort de la culture française » par le fait que la France aurait perdu son statut de «asuperpuissance culturelle ».

Une telle corrélation suppose une définition quasi guerrière de la « culture », courante aux États-Unis d'Amérique, où l'on considère la diffusion des symboles et du « mode de vie nord américain » comme une partie d'explication de leur hégémonie mondiale.

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HamburgersC'est ce que l'on appelle la « soft power », qui permet, en sus des moyens militaires, Dallas__l_argent_roi_r_v__des_masseséconomiques et financiers, d'imposer une domination planétaire unilatérale.

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Via le cinéma, la musique, les romans médiocres d'un Stephen King ou d'une Mary Higgins Clark, le "show-business", les "fast-foods", le monopole sur la littérature manageriale et le vocabulaire technologique "-web", "e-mail", "play", "record", etc., les dessins animés formatant l'imaginaire des enfants, les jeux vidéos, les séries télévisées, fidélisant les adultes du monde entier - sur le modèle du "patato coach" -, on impose des visions du monde et des modèles de société en même temps qu'on divertit ou qu'on abrutit les masses.

Disneyworld__le_divertissement_pour_les_masses

Disneyworld, culture ou divertissement...

 

Comme les États-unis sont un pays à échelle continentale, comme ils prétendent être les chefs de file de l'aire géopolitique occidentale, comme l'anglais, leur langue, est devenu la langue hégémonique, la quantité de la production économico-marchande et, en l'occurrence, dite «aculturelle », est évidemment impossible à concurrencer à l'échelle d'un petit pays comme la France.

Mais le problème de Donald Morrison, peut-être lié à sa propre inculture, c'est qu'avec une telle perspective, il confond « culture » et commerce, marchandises « culturelles », « produits culturelsa», "way of life" - « mode de vie » allant de l'alimentation à l'idéal de la maison, de la voiture et de la machine à laver à sèche-linge intégré- avec la culture.

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Le divertissement au service du chauvinisme états-unien... Est-cela la « culture » ?

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Son âge et l'époque historique dont il a été le témoin, à savoir la guerre froide, qui s'était jouée aussi sur un conflit des modèles de société états-uniens et soviétiques, expliquent peut-être mieux cette définition d'une pauvreté affligeante de la « culture » comme arme de puissance commerciale, affairiste voire militaire... L'Europe, définitivement déclassée par les deux guerres mondiales et la perte de ses empires coloniaux, prise en tenailles durant cette guerre froide entre les États-Unis d'Amérique et l'U.R.S.S., a commencé à s' « américaniser » massivement avec le plan Marshall, quand la valorisation du "way of life" nord-américaine était la condition de la reconstruction des économies européennes.

 

Propagande_pour_le_plan_Marshall

 

Le plan Marshall, une aide économique conditionnée à la glorification du mode de vie états-unien.

 

 

Le_cow_boy_h_ros_des_enfants_europ_ens_par_PlaymobileLe fameux accord Blum-Byrnes, signé le 28 mai 1946 par Léon Blum et Jean Monnet, Ramboannulait 2 milliards de dollars de la dette française à l'égard des États-Unis. Mais les prêts consentis par l'administration Truman seront assortis d'une condition « culturelle » décisive dans le déclin ultérieur du cinéma français et, au-delà, européen, à savoir l'obligation d'ouverture de toutes les salles de cinéma aux films états-uniens, afin de diffuser massivement l' "american way of life", au profit de Hollywood.

Le "western" avec son chauvinisme tout particulier fera sa grande entrée dans l'inconscient européen. Les "cow-boys" seront adulés et les Indiens d'Amérique se verront attribués pour longtemps le rôle des «améchants » et des « barbares »...

Plus tard viendra le tour de Rambo, dans des films d'une violence et d'une vulgarité inégalées, dont le message subliminal sera évidemment antisoviétique. Belle référence « culturelle » pour la jeunesse du monde entier ! Anti-éducative par excellence, véhiculant les anti-valeurs du droit du plus fort, du "struggle for life", de la légitimité du meurtre etc., mais aisément exportables puisqu'elles se fondent sur les instincts les plus bestiaux de l'être humain, que l'effort de la civilisation avait tenté de tempérer.

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Hollywood

Hollywood, capitale mondiale de la « culture » ou du divertissement, de l' "entertainment" ?

 

UNE DÉFINITION APPAUVRIE ET MARCHANDE DE LA « CULTURE » CONTRE UNE CULTURE COMMUNE-DOMAINE DE LA « CHOSE PUBLIQUE » :

Ignorant toute cette histoire et tout ce long processus de « lavage des cerveaux », sous couvert de «aproduction culturelle », M. Morrison participe allègrement de la dépréciation de la définition du concept de culture, dénoncée en son temps par le philosophe états-unien Léo Strauss. Dans «aNihilisme et politique », ce dernier s’offusquait de ce que, « en vertu d’un changement qui a eu lieu au XIXe siècle, il devint possible de parler de culture au pluriel (les cultures) ». Mettant en cause « des anthropologues comme Ruth Benedict », il dénonçait le fait que, « en anthropologie et dans certaines parties de la sociologie, le mot « culture » est toujours, bien entendu, employé auNihilisme_et_politique pluriel, et de telle manière que vous avez une culture des banlieues, une culture des bandes de jeunes, non délinquants et même délinquants ». Ce galvaudage de la notion de «aculture », touchait jusqu'à la philosophie. Avec une pointe d'humour il avait eu cette formule célèbre :

. « Quelqu'un peut aujourd'hui facilement dire  que sa philosophie consiste à prendre deux œufs durs au petit déjeuner ».

M. Morrison partagerait-il donc cette conviction selon laquelle la qualité de la « culture » anglo-saxonne se mesure au nombre de CD de musique rap américaine achetés, au nombre de "hamburgers" et de "hot-dogs" consommés au petit déjeuner en Europe, en France et à travers le monde? Bravo. C'est là la plus belle illustration de la déperdition de la culture, confondue avec la consommation de masse. Fi de Shakespeare...

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Fabrication_de_hamburgers

 

La_crise_de_la_cultureUn autre penseur états-unien, Hannah Arendt, dans « La crise de la culture », nous offre elle heureusement une autre conception de la « culture », certainement plus proche de la culture républicaine française, aux antipodes de la guerre économique qui s'arme des « produits culturels ». Elle jugeait ainsi que la société de masse du XXe siècle « ne veut pas la culture, mais les loisirs ("entertainment") », rappelant que « les articles offerts par l’industrie des loisirs sont bel et bien consommés par la société comme tous les autres objets de consommation [servant] le processus vital de la société », lui étant utiles, correspondant à «asesa» besoins.

À rebours de cette conception marchande de la « culture », le lien condamné par Donald Morrison entre l'État républicain français et la culture, permet de préserver celle-ci.  Issue de l'Antiquité romaine, ignorée par la société de consommation, cette conception impliquait pour Arendt que « nous comprenons par culture l’attitude, ou mieux, le mode de relation prescrit par les civilisations avec les moins utiles, les plus mondaines ("worldly") des choses : les œuvres des artistes, poètes, musiciens, philosophes etc. » C'est-à-dire un rapport non marchand, désintéressé, à but non lucratif et visant non pas à abaisser mais à élever l'esprit des hommes pour qu'ils puissent partager un monde commun.

 

Maison_des_jeunes_et_de_la_culture_pour_tous

Une maison de la jeunesse et de la culture « pour tous », comme tant d'autres en France,

ou la volonté de promouvoir et de partager l'accès du plus grand nombre à la culture

 

« La culture, mot et concept, est d’origine romaine, estimait Hannah Arendt ».  Le mot « culture » dérive de colère – cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver - et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature, au sens de culture et d’entretien de la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci ».

Le succès planétaire des grands architectes français contemporains témoigne de la continuité de cette approche de la culture. Christian de Portzamparc ou Jean Nouvel président à des projets architecturaux de toute beauté aux quatre coins du monde.

 

Jardin___la_fran_aise_de_La_Motte_Tilly

De l'agriculture à la culture, le doux entretien de la nature en vue de bâtir un monde commun, ici le jardin à la française du château de La Motte-Tilly, monument historique légué à l'État par sa dernière propriétaire, à la stricte condition de son ouverture au public. Dont les visites n'égalent évidemment pas celles du château de la Belle au bois dormant de Disneyland, ouvert à tous ceux qui sont prêts à payer l'entrée pour se divertir, payer à nouveau à l'intérieur, manger des bonbons et des "pop-corns"... Le tout au profit économique du groupe Disney.

 

Mais M. Morrison est-il seulement capable de comprendre la culture hors des rapports économiques de puissance et de compétition? Manifestement non. Il nous assène sentencieusement cette banalité selon laquelle la culture française ne pourrait plus s'exporter parce qu'elle serait trop dirigiste et subventionnée, c'est-à-dire, préservée du marché global en tant que partie intégrante de la "chose publique", de la République, patrimoine commun.

 

Fa_ade_du_minist_re_de_la_Culture_et_de_la_Communication_en_France

Façade du ministère de la Culture à Paris, conspué ou adoré, il est censé incarner le caractère public de la Culture, dont l'ouverture du musée du Louvre lors de la Révolution française est l'un des jalons essentiels. Un ministère que le candidat Sarkozy avait songé un temps à supprimer !

 

Sait-il que le cinéma français a été sauvé en partie grâce à un système subtil de subventions, assumé en partie par la télévision et non par le seul État ? Sait-il que des systèmes de financement européens permettent à des films du monde entier d'être visionnés par nous, petits occidentaux privilégiés et autres Français, selon M. Morrison, « nombrilistes » ? Comprend-il que ces soutiens permettent à un cinéma malmené dans des pays islamistes ou en guerre de survivre et à leurs peuples de résister aux dictatures qui les écrasent ? Comprend-il l'enjeu civilisationnel de la diversité des cultures dans un monde que la politique états-unienne des récentes années a considérablement déstabilisé ? Certainement non.

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Catherine_Deneuve_et_Martin_Scorsese_au_festival_internationa_du_film_de_Marrakech

Catherine Deneuve avec Martin Scorsese, lors du festival international du film à Marakech, au Maroc

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LES CULTURES COMME AMOURS SINGULIERS ET OUVERTURES SUR LE MONDE CONTRE LA PROMOTION SUR LE MARCHE GLOBALISE DE «aL'ANIMAL HUMAIN » UNIVERSEL :

Il est presque risible de lire que le problème de la politique culturelle en France serait son « nombrilisme », sa fermeture aux « non-blancsa» et que son avenir résiderait dans le  «amétissagea». M. Morrison méconnaît-il les départements égyptien, mésopotamien ou des arts africains du musée du Louvre, l'Institut du monde arabe ou encore le musée du quai Branly ? S'est-il renseigné sur le projet de construction d'une antenne du musée du Louvre dans les Émirats arabes ? Ou parle-t-il de la présence des « minorités raciales » -selon le jargon états-unien- dans les séries télévisées françaises ? Ce n'est pas la même chose. Quelle leçon croit-il nous délivrer ?

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Mus_e_du_quai_Branly

Le musée du quai Branly, symbole de l'ouverture, dans le cadre de la République française, aux cultures extra-européennes et à la réalité factuelle de la diversité des cultures dans le monde, aux antipodes de l'uniformisation « techno-civilisationnelle » à la sauce états-unienne.

 

Le propos de Donald Morrison n'est donc pas à la hauteur de l'ambition affichée par le titre : « la mort de la culture française ». La nullité de son approche du concept même de culture entache tout le reste de sa pseudo démonstration. L'universalité de l'American "way of life" repose d'abord sur une définition minimale et uniforme de l'homme comme consommateur, de telle ou telle race, professant une foi et une religiosité naïve à visée thérapeutique, sur la diffusion de millions d'images, de sons et de signes encourageant les instincts les plus primaires de l'animal humain : la violence, le sexe, le sentimentalisme, le tout au service du triptyque cyclique de la société de consommation de masse : travaillez-consommez-divertissez-vous pour recommencer à nouveau.

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La_Croix_rouge_contre_l_illetrismeLa « santé » d'une culture ne se mesure pas à l'aune des profits dégagés par ses « produits marchands » dérivés, ni par son exportabilité. Il s'agit d'abord d'un phénomène qualitatif et non quantitatif, reposant sur l'amour du monde et la volonté de « vivre ensemble » propres à chaque communauté humaine. La langue en est d'ailleurs la condition première. Penser que la culture française devrait suivre le « modèle états-unien » pour se vendre mieux, ce serait là véritablement décréter sa mort. C'est pourquoi ce sont des partenariats public-privé qui sont privilégiés en France et non pas une simple privatisation ou une indexation aux demandes instinctuelles du marché de la consommation.

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Paris_Hilton__symbole_de_la_b_tise_hollywoodienne

Quand la vulgarité et la bêtise envahissent Hollywood....

 

On pourrait ajouter que décréter la mort d'une culture évoque malheureusement ce propos nazi bien connu : « quand j'entends le mot culture, je sors mon "revolver" »... Précepte que Donald Morrison applique sans vergogne à la culture, française bien entendu.

 

LA SCÈNE MUSICALE ET ARTISTIQUE FRANÇAISE A RÉVOLUTIONNÉ LA CULTURE DE MASSE AUX ÉTATS-UNIS ET DANS LE MONDE ENTIER :

 

English_spokenMais si malgré tout l'on (dé)raisonne comme M. Morrison, si l'on doit confondre culture et "show business" (industrie du spectacle), on se rend compte du fait que ce journaliste ignore tout de la vitalité de la scène musicale française, au niveau planétaire. Tout en jugeant que la « culture » française ne s'exporte plus, il déclare naïvement que ses secteurs les plus « vibrants » sont aujourd'hui le hip-hop et le rap... Secteur certes très rentable et parfois de qualité, mais qui, par définition, ne s'exportera jamais aux États-Unis et ce, pour deux raisons. Musicalement parlant, le rap français n'apporte rien de neuf et n'est bien souvent qu'un décalque du rap états-unien. S'agissant des paroles, même lorsqu'elles atteignent à la poésie -ce qui est de moins en moins le cas-, le fait qu'elles soient en français limite évidemment leur champ d'exportation aux pays francophones. Des pays comme les États-Unis d'Amérique, mises à part leurs élites, demeurent fermés aux langues étrangères qui ne se parlent pas dans leur pays - ainsi l'espagnol est-il couramment parlé du fait de la présence massive des "latinos" et non d'une soudaine affection pour la culture espagnole, pour Cervantès, Borges ou Goya.

 

Jean_Michel_Jarre_musicien_visionnaireMusicalement parlant, c'est la "french touch" qui fait vibrer les boîtes de nuit du monde entier. Fille Daft_Punkentre autres de Jean-Michel Jarre, elle est composée de DJ créatifs et novateurs qui ont diffusé la musique électronique via la dance,  la techno ou encore la house. Laurent Garnier, Stéphane Pompougnac, Bob Sinclair, Martin Solveig, un groupe comme Daft Punk ont chamboulé le monde de la musique. Et imposé de nouveaux sons, de nouveaux métissages, de nouvelles techniques, mêlant instruments électroniques, acoustiques et vocalises. Faisant le lien entre musique purement électronique et mélodies chantées. Mais M. Morrison n'est peut-être pas qualifié pour parler de choses qu'il ne connaît pas. Peut-être ne fréquente-t-il plus les boîtes de nuit.

 

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Bob Sinclair et David Guetta, DJ mondialement connus, exprimant une sensibilité française plus que vivante, triomphante !

 

Allons plus loin encore en nous fourvoyant dans l'approche matérialiste de M. Morrison. Cette femme états-unienne que l'on appelle la « reine de la pop », qui a vendu le plus de disques au monde, qui squatte le livre des records et les palmarès depuis maintiennent 25 ans, à savoir Madonna, a bâti son plan de carrière à l'échelle mondiale en faisant constamment appel à la création européenne et française. Symbole par excellence de l'autodidacte, artiste mais redoutable femme d'affaires, elle ne s'est pourtant pas « faite » toute seule !

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Jean-Paul Gaultier et Christian Lacroix, deux grands couturiers français fétiches de Madonna

 

C'est habillée par Jean-Paul Gaultier qu'elle révolutionne en 1990 le concert rock-pop en y introduisant la haute-couture, les ballets de danse et la comédie musicale. Prenant déjà de cours ses concurrents états-uniens, notamment Michael Jackson. En 2004, c'est le couturier Christian Lacroix qui la pare de costumes splendides pour une nouvelle tournée mondiale triomphante. Les critiques, même aux États-Unis, saluent la qualité artistique de ses shows, la rentabilité est à chaque fois au rendez-vous.

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La chanteuse états-unienne Madonna, habillée par Jean-Paul Gaultier en 1990 et par Christian Lacroix en 2004, lors de deux de ses nombreuses tournées mondiales, alliant haute-couture, ballets néo-versaillais et concert pop-rock...

 

Ayant fondé une grande partie de son succès sur son image, Madonna a constamment fait appel à des photographes français comme Jean-Baptiste Mondino ou Patrick Demarchelier.

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Jean-Baptiste Mondino, photographe et réalisateur de clips vidéos et Patrick Demarchelier, portraitiste de la star

 

Le premier a donné dès 1987 à ses clips vidéo une dimension véritablement cinématographique. Son clip "Justify my love", fut tourné en noir et blanc, en 1990, dans un palace parisien. Au-delà de son caractère scandaleux pour les puritains états-uniens, il atteint une qualité esthétique rarement égalée dans le monde de la musique pop.

Sur un plan musical, on peut même penser que la star aurait pu se ringardiser ou disparaître de l'avant-garde si elle n'avait fait appel, en 2000, à Mirwais, producteur français révolutionnaire, audacieux, mêlant sons acoustiques et électros, mis au service d'une voix saisie de manière originale. Le succès fut encore une fois mondial.

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Il est d'ailleurs intéressant de noter que le philosophe français Jean Baudrillard, a dirigé un essai collectif consacré à cette même Madonna! Ceci nous mène directement au champ de la philosophie et des sciences humaines états-uniennes postmodernes, largement dominantes au niveau planétaire et filles pour partie de la pensée française contemporaine.

 

 

 

CE QUE LA « PENSÉE » POSTMODERNE ÉTATS-UNIENNE DOMINANTE  DOIT À LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE :

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La "French theory", qui désigne un ensemble de penseurs français de référence, caution théorique pour la « philosophie » et les sciences humaines postmodernes états-uniennes.

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Race_et_histoireDonald Morrison ne s'en rend peut-être pas compte, mais quand il parle de « métissage » de la Jacques_Derrida_p_re_de_la_d_constructionculture, il rend en quelque sorte hommage à l'œuvre de Claude Lévi-Strauss, qui, dès 1952, dans « Race et histoire », posait les fondements de la diversité culturelle. En outre, la pensée postmoderne états-unienne a découvert dans ce qu'elle appelle la "French theory" ses « lettres de noblesse ». Ainsi en est-il des "subaltern studies", des "cultural studies", des "gender studies", du postféminisme, toutes théories qui ont vu en Simone de Beauvoir, Franz Fanon, Jacques Derrida, Michel Foucault, Emmanuel Lévinas, Jean-François Lyotard et d'autres des cautions philosophiques enfin consistantes.

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Pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs... C'est là qu'ils trouvèrent les justifications théoriques de leur volonté de déconstruire les concepts d'« universalité » et d'État, pour mieux enterrer Karl Marx et la pensée sociale. Pour mettre l'accent sur le multiculturalisme, les communautés particulières, sur l'« identité », sur les « minorités », sur les « cultures raciales » etc.

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Mais M. Morrison ne semble pas connaître l'histoire de sa propre culture philosophique anglo-saxonne -celle évoquée ci-haut et non pas l'ensemble de la pensée anglo-saxonne ! - aujourd'hui exportable partout, car souvent vide de tout contenu ou fondée sur des concepts pauvres mais formulés en termes mathématiques. Il ne veut certainement pas reconnaître la dette de celle-ci envers la pensée française, admise pourtant par tous.

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« La République face à ses minorités », essai de Esther Benbassa, archétypique de cette pensée française antirépublicaine qui se présente comme novatrice alors qu'elle n'est en fait qu'un pâle décalque de la pensée états-unienne sur les « minorités » appliqué au contexte français.... Avec ce désir secret d'adopter le modèle de société nord-américain, racialisé et communautarisé

C'est là tout le paradoxe de la pensée antirépublicaine en France, effet boomerang du retour de la pensée postmoderne hexagonale revisitée par des universitaires états-uniens. Ces effets politiques sont d'ailleurs assez désastreux, ce qui nous mène à une dernière remarque à l'intention de M. Morrison, relative à la pertinence, déniée mais bien réelle, de la pensée républicaine face aux défis planétaires qui se profilent à l'horizon.

 

LA CULTURE POLITIQUE ET RÉPUBLICAINE FRANÇAISE PORTE UN PROJET D'AVENIR HONORABLE POUR LE MONDE CONTEMPORAIN :

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Montpellier__arc_de_triomphe___la_romaine__pour_Louis_XIVS'agissant de la culture politique républicaine, dont la France n'a sûrement pas le monopole, Quartier_Antigone___Montpellier__antiquit__grecque_au_contemporainmais dont ses derniers dirigeants politiques se sentaient encore les héritiers, contrairement à M. Sarkozy, on se contentera ici simplement de donner quelques exemples de son actualité et de sa capacité à parer aux menaces d'aujourd'hui comme de demain. Et ce, dans le monde entier. L'erreur historique commise par George W. Bush, quand il déclencha la guerre en Irak, et la clairvoyance de la position française, qui s'y opposa, en sont la démonstration la plus récente et la plus claire. Mais évoquons aussi quelques concepts républicains que l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président de la République française, fasciné par l'American way of life, devrait se mettre à défendre, au lieu de les détruire un à un :

la laïcité, comme séparation des ordres « religieux » et politique, constitue à long terme la seule réponse politique à la montée en puissance des communautarismes ethno-religieux et de l'islamisme, lequel est l'exemple le plus parfait de la fusion entre « religion » et politique. Des pays comme Israël souffrent depuis des années de leurs extrémistes religieux comme de l'entrée en politique de rabbins ultranationalistes. Pensons aux colonies « juives » des territoires palestiniens ou à l'assassinat du premier ministre Rabin par un extrémiste juif. Le Royaume-Uni, après des années de « tolérance » vis-à-vis des islamistes, a connu des attentats sanglants sur son territoire. Il fait face aujourd'hui à des revendications telles de la part des chefs de la communauté musulmane que son modèle de société multi-« religieuse » est décrié par la population anglaise. La part jouée par le messianisme pseudo-religieux dans le déclenchement de la désastreuse guerre en Irak fait aujourd'hui question aux États-unis d'Amérique.

 

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La "burka" médicale introduite dans l'hôpital en Grande-Bretagne, au nom du « respect » des patients musulmans....

 

l'État est à nouveau reconnu comme un acteur majeur des politiques sociales et de santé, les services publics sont réhabilités. La nomination du social-démocrate français Dominque Strauss-Khann à la tête du Fonds monétaire international (FMI) symbolise la prise de conscience des grandes institutions internationales de la nécessité d'en finir avec le dogme de « l'État faible », imposé aux pays en voie de développement. Les « réajustements structurels » ont en effet ruiné des pays déjà pauvres et les ont empêchés de se développer, notamment de bâtir des services publics d'instruction, avec tous les dégâts qui en ont découlé. Les premiers ministres britanniques qui ont succédé à Margaret Thatcher ont crée des centaines de milliers d'emplois et ont décidé d'investir des sommes considérables dans la reconstruction des systèmes éducatifs, hospitaliers comme dans le domaine de la sécurité. Aux États-Unis, le concept d'un système de santé solidaire trace son sillon, et Hillary Clinton, candidate à la Maison-Blanche y est sensible. Plus fondamentalement, la destruction de l'État belge à laquelle on assiste, avec tristesse et inquiétude, démontre que l'encouragement des « chauvinismes linguistico-ethniques » est terriblement néfaste.

Sicko           Hillary_Clinton

La question de l'absence de couverture maladie universelle aux États-Unis d'Amérique, pays le plus « riche » du monde a inspiré le documentariste Michal Moore, mais aussi Hillary Clinton !

 

le droit, national ou international, est de retour pour pallier aux dérèglements de la "globalization" financière sauvage, pour éviter des catastrophes comme la guerre en Irak, déclenchée dans le mépris le plus complet de l'ONU et pour faire échec à la diplomatie sauvage comme au "choc des civilisations". Pour parer également, et l'enjeu est de taille, à la lente destruction de notre planète Terre.

Logo_de_l_ONU            Institut_pour_le_dialogue_des_cultures_contre_le_choc_des_civilisations

L'ONU, le droit international, la diplomatie avant la guerre, un enjeu pour la paix dans le monde ! Le dialogue des cultures également !

 

Que se passe-t-il donc dans la tête de tels journalistes et de telles rédactions, comme celle du Time pour oser annoncer «ala mort de la culture française » ? Quel est l'intérêt d'une telle violence sémantique ? Comment expliquer une telle pauvreté dans l'approche de leur sujet, une telle confusion entre culture et "way of life" ou "business" ? La culture doit-elle être une arme de guerre et en quoi la France devrait-elle être la cible de prédilection d'un journaliste franc-tireur qui, manifestement, ne connaît pas son sujet ?

M. Morrison devrait savoir qu'en France, on parle de « rayonnement culturel » et non de « super-puissance culturelle », nuance qui relève en vérité du fossé qui sépare parfois encore le monde anglo-saxon du monde gréco-latin...

Comment peut-on dénoncer le « nombrilisme » français et se féliciter du fait que les anglo-saxons se recroquevillent aujourd'hui sur la seule « culture » anglo-saxonne? Tout cela serait risible si la domination techno-communicationnelle états-unienne n'avait pas aussi de graves conséquences, tant au niveau français qu'au niveau mondial.

On pourrait même être méchant en rappelant à de tels gens que les anglo-saxons ont longtemps été considérés comme les héritiers des « barbares », tandis que l'Europe continentale se voyait comme la fille de Rome et donc, ipso facto, de LA civilisation. Que la laideur de la société de masse de consommation, que le mauvais goût « culinaire » ou «avestimentaire » sont aussi les marques de fabrique - "hamburgers", "jogging" et "baskets" - du monde anglo-saxon... Mais ce n'est pas l'état d'esprit des Français, qui contrairement au mythe, jamais démenti par M. Sarkozy, ne sont ni anti-américains ni anti-anglais.

Mais le plus tragique réside peut-être dans ce fait que culture, État et peuple sont complètement déconnectés dans cette vision étriquée de la culture, considérée comme une marchandise ou une arme de guerre commerciale. Les chiffres de vente des romans français sont ainsi l'indicateur quantitatif retenu pour décréter la mort de toute une culture !

La francophobie relayée par une partie des élites anglo-saxonnes est connue. Mais peut-être celle-ci s'amuse à cracher sur la France au détriment des peuples anglo-saxons eux-mêmes, qui sont certainement aussi sensibles que tous les autres à la beauté, à la contemplation de la beauté, au principe d'une culture partagée ou encore à certains concepts de la culture républicaine française et européenne comme celui de la Santé solidaire ?

Le point positif dans tout cela pourrait venir de ce que cette couverture proclamant la mort de la culture française devrait nous alerter sur la destruction, elle bien réelle, de notre langue, de notre culture et de nos principes républicains, menée par la présidence Sarkozy. Cet ancien maire de Neuilly-sur-Seine, grand ami de Bush s'autoproclamant « Sarko l'Américain »... Encore faudrait-il que les Français prennent conscience de ce mépris, co-partagé par M. Sarkozy et cette élite spécifique anglo-saxonne, pour notre héritage républicain. Mépris qui aura des conséquences culturelles, sociales et humaines désastreuses.

 

Source : http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/2007/12/03/7068324.html
 

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Mon commentaire sur l'article de Time parlant de mort de la culture  française, sur le blogue de Courrier-Sud où l'article a été traduit en français

AK

http://courrier-sud-toulouse.blog.20minutes.fr/archive/2007/12/14/mort-culture-francaise-death-french-culture-3.html

 

Mon avis personnel est que l'article du Time est une attaque déplacée, injustifiée, peut-être compréhensible politiquement, contre la culture française.

Déplacée et injustifiée, car avec d'autres arguments, d'autres exemples, on aurait pu tirer des conclusions radicalement opposées (pensons à quelques artistes français s'exportant internationalement : Daft Punk, Air, Justice, Philippe Starck, Luc Besson, d'autres réalisateurs, sculpteurs ...)

Compréhensible cependant, comme certains commentateurs l'ont dit, dans la mesure où la France est l'un des derniers pays proposant une offre culturelle d'importance mondiale pouvant presque prétendre à concurrencer celle des ÉUA. C'est le dernier concurrent résistant à éliminer, à discréditer, à « envahir ».

Malgré tout, le point fondamental que l'article du Time passe trop vite est le pourquoi de la situation. Pourquoi la culture française est devenue si mineure comparée à celle des ÉUA ? Il faut être clair à ce sujet : c'est parce que notre monde connaît la domination sans partage, sans précédent, d'un pays sur tous les autres. Après la seconde Guerre Mondiale, après la disparition de l'URSS et la fin de la guerre froide, il n'y a plus qu'une super-puissance mondiale. Dont la domination est multi-facettes : politique, militaire, économique, financière, mais aussi culturelle et linguistique. Le Plan Marshall comportait des volets culturels. Ouvrez votre marché national, on vous aidera financièrement.

En 1939, il y avait déjà plus d'anglophones natifs que de francophones natifs. Mais à l'époque le français était encore la langue numéro 1 ou presque dans le monde. Maintenant l'anglais est devenu obligatoire un peu partout dans le monde, surtout en Europe. C'est la langue internationale dans presque tous les domaines. Tout ce qui est en anglais semble moderne, à la mode, "cool", "hype". L'anglais est devenu synonyme de « langue étrangère », synonyme d'«ainternational ».

Dans ces conditions, comment les autres cultures nationales peuvent-elles encore exister ? Ce n'est certainement pas en produisant de la « culture » en anglais, style "If you can't beat them, join them". Comme il a été dit, c'est bien un slogan de collabos. Proposer une alternative, ce n'est pas produire tout dans la même langue. Abba, de la culture suédoise ? Air, de la culture française ? C'est pathétique.

Une affirmation et une promotion d'autres cultures nécessitent de remettre en question les postulats que l'anglais est la langue internationale, que la modernité parle anglais, de remettre les autres langues au même niveau. Généraliser au niveau mondial les quotas de productions dans les langues du pays, encourager les échanges culturels entre pays, pas uniquement en anglais, pas uniquement des importations de productions US. Signer un protocole de Kyoto assorti de mesures concrètes, dans le domaine des langues et des cultures. Élargir les concepts d'écologie et de développement durable aux langues et cultures.

Pour faire vivre les autres cultures nationales, il faut les sortir de l'ombre de la super-culture. Refuser l'hégémonie de la culture du plus fort.
 


Mon commentaire sur l'article de Time parlant de mort de la culture  française, sur le blogue « sarkonorepublic1 »
http://sarkonorepublic1.canalblog.com/archives/2007/12/03/7068324.html
 

En gros d'accord avec votre analyse. Quoiqu'un peu longue.

Vous avez raison de parler de "soft power", j'ai failli en parler dans  mon commentaire sur un autre blogue :

http://courrier-sud-toulouse.blog.20minutes.fr/archive/2007/12/14/mort-culture-francaise-death-french-culture-3.html

Qu'en pensez-vous ?

D'un autre côté, pour quand même critiquer votre article, dire que Madonna a grandement été aidée par des Français, c'est un peu exagéré !

On ne va pas la compter comme artiste française, tout de même. Axelle Red (Belge), on pourrait plus, mais Madonna, c'est pas parce que ses vêtements, ses clips, ses arrangements ont été faits parfois par des Français, qu'elle compte comme élément de la culture française !

Et, même si je les ai cités, mentionner les "DJs" français comme représentants de la culture française, même si on l'entend au sens de culture de masse, d'amusement, c'est un peu triste, n'est-ce pas ? Que leur reste-t-il de français à part leur nom (pour ceux qui ne l'ont pas changé), leur passeport, leur résidence ?

Comme je l'ai dit, faire de la musique en anglais pour des Français n'est pas une manière de soutenir le rayonnement de la culture française !

 Vous avez bien parlé du lien entre culture et langue. Ces DJs sont victimes du "soft power" états-unien, hélas. Rien que le nom de "French Touch" ... Ils symbolisent la victoire (désolé du terme militaire) de la culture anglo-étatsunienne.
Ils surfent sur cette vague, disons, ils en profitent.

 

 

 

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