Un rapport de 62 pages... sur la Francophonie où l'auteur parle
explicitement de guerre des langues, si je me souviens bien, ce qui est
une bonne chose.
Qu'en penser ? (si on fait abstraction de l'absence de prise de
conscience que d'autres stratégies seraient préférables)
C'est déjà bien que des partisans de la Francophonie veulent
« se battre
». Alors que l'immense majorité des Français ont déposé les
armes.
Concernant juste la bataille Francophonie / anglophonie, que pensez-vous
des propositions faites dans ce rapport ?
(voir la liste des propositions dans le sommaire)
AK
Pour une Renaissance
de la Francophonie
Par Hervé Bourges
Rapport remis à Monsieur Alain JOYANDET,
Secrétaire d’Etat chargé
de la Coopération et de la Francophonie
juin 2008
Plan
Présentation
I – État
des lieux
1.
La Francophonie : qu’est-ce que c’est ?
2.
La Francophonie : qu’est-ce qu’elle fait ?
3.
La Francophonie : une idée ringarde ?
II - Trois priorités et seize
propositions
Priorité n° 1 : Rendre la francophonie plus visible
1.
Inscrire les noms de Léopold Sédar Senghor et d’Aimé Césaire au
Panthéon
2.
Créer un « visa
francophone »
3.
Organiser les « Etats Généraux » francophones sur les grands
problèmes actuels
4.
Concevoir un grand « Portail francophone » pour démultiplier les
contenus numériques en français sur les
réseaux
5.
Réformer et relancer la chaîne TV5 Monde comme média identitaire
de la
francophonie
Priorité n° 2 : Redonner une impulsion et une efficacité à la
Francophonie
6.
Organiser une grande manifestation culturelle et médiatique
annuelle
7.
Fixer des objectifs communs sur les grands problèmes du XXIe
siècle :
-
Réchauffement climatique : signer un Pacte francophone
-
Énergie : concevoir une « alternative de développement »
-
Crise alimentaire mondiale : « Plan de solidarité contre la
Faim »
8.
Défendre les Droits de l’Homme et la Liberté de la Presse, au
delà des grandes déclarations de principe
9.
Rendre plus efficace la gestion de la prévention des
conflits
10.
Créer une Fondation de la Francophonie
Priorité n° 3 : Reprendre l’offensive linguistique
11.
Créer une « Académie
francophone »
12.
Intégrer la Francophonie dans les programmes des écoles et des
collèges
13.
Favoriser les échanges et la mobilité dans les lycées et les
universités
14.
Démultiplier l’action de soutien à l’apprentissage du
Français
15.
Consolider le tissu médiatique francophone par la diffusion
satellitaire
16.
Renforcer l’usage du Français dans les institutions et les
entreprises nationales et internationales
Conclusion
Francophonie –
Repères
Présentation
Comme la France après la Seconde Guerre Mondiale, la Francophonie a
connu ses « Trente Glorieuses
», marquées par deux temps forts.
Souvenons-nous. C'était au début des années 1960. Au sortir de la
décolonisation, quatre hommes politiques, Léopold Sédar Senghor, Habib
Bourguiba, Norodom Sihanouk et Hamani Diouri, décidèrent, chacun pour
leur pays, de poser les premières fondations de la Francophonie. Pour
eux, la langue de Molière bénéficiait d'une envergure internationale et
constituait un atout essentiel grâce auquel leur pays allait pouvoir
entrer de plain-pied dans la communauté internationale. Second temps
fort à la fin de la Guerre Froide, lorsque certains pays d'Europe
Centrale et Orientale, tout juste dégagés du régime communiste,
trouvèrent dans la Francophonie une rampe d'accès à l'Union Européenne,
un moyen de s'identifier à une langue, à un discours, à une culture
autres que ceux véhiculés par la superpuissance mondiale.
Depuis cette double période d’embellie francophone, le contexte
politique et économique a considérablement changé : la compétition
mondialisée s'est durcie, la pression des États
et des peuples en faveur de la diversité culturelle s'est accentuée. La
Francophonie renvoie toujours à l'ensemble des pays du monde ayant
« la langue française en partage
» (53 États
membres, 2 membres associés, 13 observateurs), mais elle peine à
renouveler ses idées et son action. Les causes de cette difficulté
tiennent pour l’essentiel à trois déficits : manque de visibilité,
entraînant la perception d’un manque d'efficacité, dans un
contexte de relatif affaiblissement de la langue française.
1/ Le manque de visibilité est manifeste dans de nombreux
domaines, de l’institutionnel au culturel, de l’audiovisuel extérieur à
l’Internet.
Les Français ne témoignent pas d’intérêt à la Francophonie, comme le
montre la faible médiatisation à la radio, à la télévision et dans la
presse écrite qu’a suscité la Journée internationale de la Francophonie
du 20 mars 2008, en dépit des discours des présidents Sarkozy et Diouf.
L’appellation « Organisation internationale de la Francophonie » n’est
pas connue du grand public et les actions pratiques qu’elle promeut ou
engage passent largement inaperçues. Les organismes, les agences et les
associations francophones sont multiples, si bien que personne ne sait
faire la différence dans cette palette de sigles : AUF, AIMF, AIF et OIF.
La vocation francophone de la chaîne TV5 n’est pas véritablement
comprise en France même… Enfin en France toujours, le concept même de
Francophonie apparaît daté, dépassé, sans écho dans les jeunes
générations.
Pourquoi cette invisibilité ?
D’abord par ce que
la France est trop repliée sur
elle-même, avec comme principal horizon l’Union Européenne,
sans se rendre compte que les expériences liées à l’histoire de la
Francophonie et de l’Outre-mer constituent des sources d’enrichissement
très précieuses pour aborder le sujet de la « cohabitation culturelle ».
La France est au cœur de l’Europe mais elle a une vocation qui dépasse
cette frontière géographique ou politique.
Cette limitation a
comme première cause le poids du boulet de la colonisation et les
souvenirs cuisants de la décolonisation. Le rapport à l’histoire de la
Francophonie n’a pas encore été tranché sereinement. Il faudrait
aujourd’hui décomplexer la
Francophonie :
un demi-siècle après les indépendances, notre langue commune est une
liberté et une force partagée, nous devons nous concentrer sur la
manière dont nous pouvons en tirer le meilleur parti pour tous les
Francophones.
Or les Français
eux-mêmes ont du mal à concevoir
la diversité culturelle comme une source d’enrichissement
pour la pensée politique, pour la littérature, pour les sciences
sociales. On l’a vu lors du débat sur le port du voile à l’école, où la
réaffirmation de la « laïcité à la française » a parfois été ressentie
en France et dans les opinions publiques des pays musulmans, comme une
mesure vexatoire et défensive, sourde aux revendications portées par
d’autres identités religieuses ou culturelles. La France est
universaliste dans les mots et les valeurs, et cette attitude mentale a
parfois du mal à se concilier avec l’ouverture à la diversité
linguistique et culturelle.
L’effort de prise
en compte de la diversité francophone n’est réalisé ni par les hommes
politiques, ni par les médias, ni par les intellectuels, ni par
l’Université. Les « élites » sont trop rarement exemplaires en ce
domaine ! Comme si la référence à la diversité, pourtant largement
présente dans le discours politique sur l’exception culturelle depuis
maintenant 20 ans, ne s’appliquait ni aux Outremers, ni aux pays
francophones.
Les causes de cette situation sont
donc largement françaises,
et c’est évidemment un paradoxe quand on sait que la France est de loin
le premier contributeur au fonctionnement des institutions francophones.
Le décalage entre un haut niveau de financement et un bas niveau de
perception de l’importance du sujet est à l’origine d’une interrogation
réelle sur la place de la Francophonie.
2) Le « manque
d'efficacité » de la
Francophonie est une perception malheureusement largement diffuse,
qui a
elle-même plusieurs sources. Première source : le défaut de
visibilité de l’action des institutions francophones ne leur permet pas
de faire reconnaître leurs succès à leur juste mesure. Le rôle de la
Francophonie dans le combat pour la diversité culturelle, par exemple, a
été décisif, mais rarement remarqué ou compris. Deuxième source :
l’insuffisante reconnaissance du rôle des institutions francophones dans
certains processus de pacification ou de démocratisation. La
Francophonie s’engage au service de la paix, de la démocratie et des
droits de l’homme. Mais les démarches concrètes effectuées restent
insoupçonnées du grand public.
Pourquoi cette
perception négative ?
D’abord
parce qu’il est indéniable que l’OIF
peine à constituer une entité
unique et solidaire.
Au cours des dernières années, on observe même une relative dilution du
lien affectif qui liait l’ensemble des Francophones. Si l’on
s’intéresse aux structures mêmes de la Francophonie, le budget de l’OIF
est trop déséquilibré (50% pour la France) ce qui alimente l’idée que la
Francophonie incarne seulement une certaine idée de la France à
l’étranger, et non une entité indépendante à laquelle la France
participe, comme c’est le cas de l’Union européenne.
Par ailleurs,
la proximité francophone ne
facilite nullement les déplacements
des Francophones du Sud vers le Nord ou entre les pays du Sud, ce qui
limite la perception d’une « communauté » effective et agissante. Il n’y
a pas de « privilège
francophone »,
ou s’il existe dans certains domaines (par exemple dans le domaine
culturel, dans les calculs du CNC pour l’établissement des quotas ou des
subventions, etc), il n’est pas suffisamment manifeste ni revendiqué.
Il est essentiel de trouver des remèdes rapides à cette perception
médiocre voire négative de l’action de la Francophonie et de son
efficacité. Des mesures symboliques fortes doivent être prises qui
frapperont les esprits et redonneront un sens à la communauté
francophone. C’est le sens de plusieurs propositions de ce rapport qui
visent à redonner une actualité à la Francophonie.
3) Le relatif affaiblissement de la langue française.
Cet affaiblissement que perçoivent nettement ceux qui voyagent à
l’étranger est d’abord le résultat d’évolutions qui remontent à près
d’un demi-siècle. Cette tendance pourrait être aujourd’hui en cours
d’inversion, ou de stabilisation. Quelles sont les causes principales de
l’évolution constatée ? La première considère que l’anglais constitue,
dans le cadre de la mondialisation, la langue de la modernité, de
l’innovation, de la créativité et l’outil indispensable de communication
pour le commerce et la finance. La substitution courante du terme « business »
aux mots « les affaires » demeure à cet égard un signe
révélateur. La deuxième tendance assimile la langue française à une
série de stéréotypes passéistes et socialement marqués, comme
l’élitisme, la mondanité ou encore l’époque révolue d’une France
dominatrice politiquement et culturellement sur le continent européen,
de Louis XIV à Napoléon Ier en passant par la période des Lumières. En
un mot, l’anglais, c’est l’avenir, le français, c’est le passé.
Comment s’est constituée cette image ?
La force d’affirmation linguistique est inséparable du dynamisme
économique et culturel des nations qui portent une certaine langue. Or
le rôle économique des pays francophones dans le monde pèse moins que
celui des pays anglophones, qui disposent ainsi d’un plus large marché à
la fois culturel et commercial pour s’affirmer. Mais d’autres
considérations entrent en jeu, qui tiennent aussi à la capacité de
rayonnement intellectuel, aux efforts de recherche, au potentiel
universitaire, à l’influence politique et morale, à la légitimité des
choix diplomatiques. L’influence linguistique est une donnée historique,
certes, mais également en ce sens qu’elle est le fruit d’une histoire,
d’une mémoire, d’un legs culturel…
Il est possible, là-encore de décomplexer la Francophonie, de lui
rendre sa fierté en même temps que sa place naturelle. Les deux langues
des Jeux Olympiques et du sport mondial sont le français et l’anglais,
elles doivent le rester à égalité. Les institutions internationales
fonctionnent toutes sur le plurilinguisme, l’anglais ne doit pas devenir
la langue commune unique, les diplomates et les responsables
d’institutions multilatérales francophones doivent être rappelés
régulièrement à leur devoir d’utiliser le français dans les enceintes
internationales. Des mesures simples peuvent être adoptées pour
entraîner un cercle vertueux en faveur du plurilinguisme.
Situation de la Francophonie : un tissu de contradictions
Ce qui apparaît nettement, dès cette présentation, c’est la difficulté
du diagnostic et le tissu de contradictions qui constitue aujourd’hui la
réalité de la Francophonie. Le potentiel francophone est immense, l’élan
qu’il constitue et la force qu’il peut représenter sont sensibles. Mais
il n’est pas suffisamment entretenu, renforcé, utilisé, valorisé.
Dès lors, face aux trois faiblesses reconnues, il nous est apparu
nécessaire d’orienter nos propositions vers trois grandes priorités :
remettre la francophonie sur le devant de la scène, par une plus
forte utilisation de l’atout trop peu exploité que constitue TV5 Monde,
par la création d’un visa francophone, par le lancement des Etats
Généraux de la Francophonie ; rendre plus perceptible l’action de la
Francophonie et ses résultats, en révisant le périmètre d’action et
la structure de financement de l’Organisation internationale de la
Francophonie, en rendant l’action extérieure de la France plus
cohérente, en plaçant la Francophonie en pointe sur les grands thèmes
sociaux et économiques contemporains ; enfin, toute une série d’autres
mesures appellent à la discipline et à la mobilisation, afin de
renforcer à la fois l’image et l’usage de notre langue, dans
les institutions internationales, notamment européennes, et en France
même, dans les ministères, les administrations, les entreprises et les
médias, au sens large.
Bien sûr, la mise en œuvre de telles propositions et les changements
d’attitude qu’elles impliquent nécessiteront collectivement de gros
efforts. Certes, le passage d’une stratégie défensive à un désir de
conquête et d’influence de la culture francophone ne se fera pas du jour
au lendemain. Mais il ne faut pas douter un seul instant de la
détermination et de la volonté de réforme de chaque acteur concerné,
hommes politiques et fonctionnaires, nationaux et internationaux, et
notamment du Secrétaire Général de l’OIF, le Président Abdou Diouf,
figure de proue de la Francophonie. Il convient également d’encourager
le talent des artistes, créateurs, écrivains et chanteurs, qui apportent
un indicible souffle de popularité, de liberté, de jeunesse à notre
langue. Il faut miser, enfin, sur l’initiative individuelle de chacun
pour conduire, dans ses loisirs et ses passions, des projets novateurs,
des plus sérieux aux plus ludiques, et le réseau mondial tissé par
Internet est aujourd’hui une arme pour la Francophonie, dont les
créateurs francophones doivent prendre conscience pour mieux
l’exploiter.
Car il en va de l’intérêt du monde en même temps que de la France. La
mondialisation ne sera vivable que dans la diversité culturelle, le
dialogue, la solidarité, et surtout, la prise de conscience que nous
constituons tous, quelles que soient notre religion, nos opinions
politiques, nos ressources économiques, notre origine géographique,
« l’équipage d’un même navire », selon la lumineuse expression de
Saint-Exupéry. La France ne pourra répandre son influence dans le monde,
faire entendre avec suffisamment d’écho une voix différente, que si nous
savons proposer une autre vision du monde que celle des anglo-saxons, au
sein d’une Francophonie exemplaire, respectueuse des différences et
terreau de leur dialogue.
C’est André Malraux, qui, dans son discours prononcé à l'occasion de la
Conférence des Pays Francophones à Niamey, le 17 février 1969, a
affirmé avec le plus de force la conviction la plus profonde qui unit
les pays francophones : "La culture ne connaît pas de nations mineures,
elle ne connaît que des nations fraternelles" La culture est toujours
porteuse du respect et de l’ouverture à l’autre, elle est écoute et
dialogue, non exclusion ou mépris. La solidarité linguistique est la
première et la plus importante des passerelles qui rapprochent les
hommes, les nations et les continents. Ne pas le comprendre pour en
tirer le meilleur parti, c’est s’appauvrir d’un atout irremplaçable.
Aujourd’hui la France ne peut plus se payer le luxe de négliger une
chance, l’espace francophone, au sein duquel les nations sont
naturellement « fraternelles ».
C'est dans cet esprit de fraternité que le présent rapport entend
contribuer à une Renaissance de la Francophonie.
I
-
État des
lieux
1) La Francophonie : qu’est-ce que
c’est ?
Une entité évolutive
La Francophonie institutionnelle voit le jour avec la
Convention de Niamey le 20 mars 1970 qui fonde l'Agence de Coopération
Culturelle et Technique (ACCT). La Francophonie a été créée dans un
mouvement d'émancipation des anciennes colonies françaises, mais son
origine n’est pas française. C'est par la suite que la France rejoindra
ce regroupement international. Fondée sur le partage d'une langue
commune, elle se donne pour vocation de promouvoir les cultures
francophones et d'intensifier la coopération entre ses membres.
Depuis sa naissance, la solidarité francophone a su se remettre en
question pour mieux servir ses ambitions. En trente ans, l'organisation
a changé mainte fois de configuration. Elle s'est dotée d'un Secrétaire
général en 1995 lorsqu'elle devient l'Agence de la Francophonie avant de
d’adopter une nouvelle configuration institutionnelle en 1999 en tant
qu' « Agence intergouvernementale de la Francophonie ».
Avec la création de l'Organisation Internationale de la Francophonie par
la « Charte de la francophonie » du 23 novembre 2005, la Francophonie
renforce son rôle politique et acquiert un statut sur la scène
internationale. Sa vocation initiale est la coopération culturelle :
promouvoir la langue française, la diversité culturelle et linguistique,
lancer et encadrer des programmes de coopération dans toute une série de
domaines tels que l'éducation, la solidarité ou le développement
durable. A ces piliers fondateurs s'ajoutent de nouveaux enjeux :
défendre les droits de l'homme et la démocratie, prévenir les conflits,
promouvoir la diversité dans un monde de plus en plus sous l'influence
de la culture anglo-saxonne.
Contre toutes les idées reçues, l'OIF telle que nous la connaissons
aujourd'hui est donc une organisation internationale jeune. Elle
s'inscrit dans un processus de maturation et développe ses activités de
manière importante et à un rythme soutenu. Mais malgré ses multiples
missions, son budget reste modeste pour une organisation internationale.
Avec ces changements de statuts, de formes et la multiplication de ses
missions, l'OIF connaît des lourdeurs et une confusion qui nuisent à sa
visibilité mais aussi à son efficacité.
Premier défi : rendre plus visible une organisation aux
contours flous
La Francophonie manque de visibilité tant auprès des Français que des
autres francophones. En 38 années d'existence, l'entité francophone a
changé plusieurs fois de nom et de forme et cela a notamment entamé la
connaissance que nos contemporains peuvent avoir de ses structures, et
par conséquence sa visibilité. Le mot « Francophonie », dépassé pour
certains, porteur d'espoir et d’avenir pour d'autres, est le seul mot
constant que l’organisation intergouvernementale a gardé dans ses
différentes appellations. Rappelons que l'Organisation des Nations Unies
n'a jamais changé d'appellation depuis sa création en 1945. L’image, la
représentation collective dans les esprits de nos contemporains de LA
Francophonie, a certainement souffert de cette évolution de la forme
institutionnelle et finalement représentative de la Francophonie.
Le manque de visibilité de l'OIF sur la scène internationale n'est
évidemment pas qu'une question de nom. Les causes sont multiples et
diverses. Soulignons deux points. Les Sommets de la Francophonie,
réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de l'OIF,
n’ont lieu que tous les 2 ans. Cette périodicité, pour une entité qui
souffre d'un manque de visibilité, est-elle suffisante ? L’espacement,
donc la rareté de ces sommets, qui dressent le bilan des actions passées
et préparent celles qui suivront, ne permettent pas une mise en avant
suffisante de la Francophonie, sur la scène médiatique nationale et
internationale.
Ensuite, peu de citoyens connaissent vraiment la Francophonie et le
fonctionnement de ses institutions. Lorsqu’on les interroge, la plupart
des sondés imaginent une association internationale de pays francophones
menée par la France. Rares sont ceux qui connaissent l’Agence
Universitaire de la Francophonie ou même l’Organisation Internationale
de la Francophonie.
L'éducation : un axe primordial. En France, la faiblesse de certains
programmes scolaires sur l'histoire du vingtième siècle français, ne
permettent pas d’appréhender l’appartenance de tel ou tel pays à
l’ancien « espace français ». Ce chaînon manquant dans l'imaginaire
collectif empêche nos contemporains de relier la situation actuelle avec
le passé. L'existence de la Francophonie commence à l'école. Les manuels
d’histoire actuels ne montrent pas suffisamment la proximité des peuples
francophones, qui devraient mieux se comprendre grâce au sentiment
qu’ils héritent d'une histoire commune. Une réflexion devrait être menée
au sein de la Francophonie pour faciliter une approche décomplexée de
l’histoire de nos nations et des liens qu’elles ont entretenu.
Décomplexée, cela signifie que cette conscience ne passe ni par une
culpabilisation ni par une dévalorisation, mais par une projection vers
l’avenir, en considérant que notre langue commune est une chance pour
construire notre avenir commun et faire reconnaître nos valeurs propres
dans l’espace mondialisé.
Or l'OIF constitue la seule organisation qui fédère les
États francophones et les représente
tous ensemble. C’est donc naturellement le rôle de l’OIF d’incarner ces
valeurs partagées et cette projection vers un avenir commun. L'OIF peut
et doit prendre cette place dans les esprits. C’est un processus en
cours, mais encore inachevé. Il s’agit d’opérer une véritable
conversion, en faisant apparaître une nouvelle cartographie linguistique
internationale et en cessant de placer à chaque fois son propre pays au
centre de la toile, sans égard pour les autres.
En matière scolaire et universitaire, il faut également déplorer
l'absence de l'Organisation internationale de la Francophonie dans
beaucoup de cours de sciences politiques, et plus précisément dans les
cours de Relations Internationales ou encore de Droit International.
L'accent est évidemment porté sur les nombreuses Organisations
Internationales comme : L’ONU, l’OTAN, l’OMC, le FMI... Mais les futurs
spécialistes, experts ou « artisans » des relations internationales sont
trop peu sensibilisés au « fait francophone », à cette organisation
internationale qui compte pourtant un tiers des pays membres des Nations
Unies ! L'intégration de l'OIF dans les esprits passe aussi par la
formation d'une élite intellectuelle et politique maîtrisant la
connaissance de l’OIF, de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF),
qui regroupe près de 80 parlements nationaux, ou encore du Conseil
permanent de la Francophonie.
Une exposition médiatique peu représentative
Il est clair aujourd'hui que tout phénomène existe d'abord dans et par
les médias, c’est pourquoi la Francophonie dispose d'une vitrine
télévisuelle comme TV5 Monde. TV5 Monde est LA chaîne de la
Francophonie. Créée le 2 janvier 1984, TV5 est distribuée depuis Paris
via sept signaux : Afrique, Asie, Amérique Latine,
France-Belgique-Suisse, Orient, Europe, Etats-Unis. Le huitième signal
TV5 Québec Canada, géré depuis Montréal, a vu le jour en 1986.
À l’origine TV5 devenue TV5 Monde en
janvier 2005, était essentiellement destinée à la rediffusion des
émissions des chaînes partenaires. Aujourd’hui, elle n’est plus
seulement la vitrine des productions des partenaires, les productions de
la chaîne représentent 40% de l’antenne, elles comprennent des journaux
d’information ainsi que des magazines. Les 20% restants de la grille
sont composés d’acquisition de droits en matière de films, de fictions,
et certaines retransmissions sportives.
Plus de 180 millions de foyers sont raccordés à TV5 Monde. C’est le
deuxième réseau mondial de télévision derrière MTV et devant CNN. A ce
chiffre il faut ajouter 3 millions de chambres d’hôtel. L’audience
cumulée quotidienne de la chaîne est de 25 millions de téléspectateurs
et de 73 millions par semaine sur les cinq continents. Bien que tous les
pays couverts par TV5 Monde ne disposent pas de mesure d’audience du
type Médiamétrie, les régions où TV5 Monde est la plus regardée sont,
l’Europe (non francophone), l’Afrique et le Moyen-Orient.
Cette chaîne représente une force pour la Francophonie. Même
l'Organisation des Nations Unies ne dispose pas d'un tel réseau.
Cependant, la politique audiovisuelle de la Francophonie ne reflète pas
réellement la Francophonie. L'essentiel des programmes est en effet
réalisé par France Télévisions. TV5 Monde apparaît alors plus comme une
chaîne de télévision française que francophone. Elle propose par exemple
peu de programmes d'origines africaines, si on fait exception du «
Journal Afrique », alors que les pays africains occupent une part très
importante dans la Francophonie. La chaîne manque donc d'une
représentativité pertinente des différentes sensibilités francophones.
En France, TV5 Monde reste peu connue du public. Elle est souvent perçue
comme une chaîne à destination des français voyageant ou vivant à
l'étranger. Bien que 70% des programmes de la chaîne francophone émanent
du groupe France Télévisions, peu de Français la regardent en France. En
effet, TV5 Monde est disponible sur le câble, le satellite et les
réseaux de diffusion de télévisons ADSL. Ces circuits ne sont pas
nécessairement disponibles chez tous. De plus, la chaîne figure sur des
canaux de télévision difficiles d'accès - par exemple la 151e chaîne
pour le réseau de diffusion adsl Freebox (près de 5 millions d'abonnés)
– là ou les chaînes de la TNT sont dans les premières positions. TV5
Monde est donc peu visible dans le paysage télévisuel français.
L’histoire récente et mouvementée de l’Organisation Internationale de la
Francophonie, la multiplication des missions à entreprendre, le manque
de pédagogie en direction des populations francophones, et la sous
exposition de la chaîne de télévision francophone contribuent au manque
de visibilité de la Francophonie.
Ces différents points relatifs à la visibilité francophone, sont les
conséquences d'une évolution trop rapide, bousculant sans cesse les
stratégies adoptées, entraînant une sorte de passivité apparente de la
francophonie.
2) La Francophonie : qu’est-ce
qu’elle fait ?
Une perception insuffisante
voire négative des actions menées
Consacrée au Sommet de Hanoï en 1997, la francophonie politique a, dans
les domaines de la démocratie, de l’État
de droit, de la gouvernance démocratique et des droits de l’Homme,
construit depuis ses premiers pas (Sommet de Dakar en 1989), une
démarche originale, un dispositif crédible, une capacité d’action qui
ont fait leurs preuves dans plusieurs domaines, donnant ainsi la mesure
de leurs possibilités et qui méritent aujourd’hui d’être engagés dans
une dynamique rénovée. En s’engageant dans le projet d’adoption de la
Convention sur la diversité culturelle à l’UNESCO, indubitable succès
diplomatique, l’OIF a donné la mesure de l’importance de l’enjeu
politique que constitue la diversité culturelle.
De cette période, qui a vu la Francophonie se doter sur le papier d’une
véritable Organisation Internationale prête à la conquête d’une place
originale, significative et reconnue sur la scène internationale, il
ressort clairement que la Francophonie est apte à jouer un rôle sur
plusieurs grands enjeux stratégiques contemporains, la démocratie, la
prévention des conflits et le respect des Droits de l’Homme. Cette
dynamique impulsée par le Secrétaire général a créé des espoirs et des
attentes, qu’illustre par exemple le succès de l’élargissement et le
grand nombre de nouveaux États
candidats à l’adhésion.
Face à ces espoirs et ces attentes apparaît aujourd’hui une vague de
déception et de lassitude liée aux difficultés de la mise en œuvre des
réformes de l’Organisation depuis 2005, réformes destinées à la rendre
performante, plus efficace, mieux centrée sur sa spécificité et son
identité, dotée de capacités et de compétences adaptées, plus lisible et
plus visible.
L’OIF est une organisation internationale jeune. Cet aspect doit être
pris en compte et doit être compris. Le facteur temps est
incontournable, on n’obtiendra pas une organisation internationale
pleinement efficace dans un laps de temps aussi réduit que trois années,
ni même dix. L’avènement progressif et encore très récent de l’aspect
politique de la Francophonie était essentiel car le regroupement des
pays francophones se devait d’agir de concert sur les grands sujets du
nouveau millénaire. Le volet culturel est important, mais n’était pas
suffisant. Le but d’un tel groupement politique était de donner de la
voix dans les grands débats internationaux du monde et de contribuer
dans la zone francophone à la paix, à la démocratie et aux droits de
l’homme. Depuis que l’OIF en tant qu’organisation politique existe, elle
poursuit ces objectifs et, parallèlement, se réforme elle-même.
Cependant la nouvelle configuration de la Francophonie a amené avec elle
toute une série de nouvelles actions à prendre en charge, maintien de la
paix, démocratie, droits de l’homme mais aussi développement durable,
coopération politique, etc. Or le budget de la Francophonie, est resté
le même, il n’a pas diminué mais il n’a pas augmenté. L’OIF se voit donc
contrainte de s’atteler à une multitude de nouvelles tâches avec les
mêmes moyens. D’un côté la création de l'OIF a favorisé une
rationalisation qui doit être poursuivie, mais d’un autre côté la
multiplication des missions a eu pour conséquence une dispersion des
actions, une forme de saupoudrage des moyens financiers, et finalement
un manque de lisibilité des résultats produits.
Exemple révélateur : au coeur d’une solidarité francophone spontanée,
qui s’exerce à tous les niveaux et par tous les canaux (associations,
collectivités territoriales, ONG, etc.), la Francophonie multilatérale
ne parvient pas pour le moment à identifier une approche pertinente pour
ses actions de coopération, telle que la patte de l’OIF pourrait
immédiatement y être reconnue. De plus, l’OIF a du mal à organiser ses
activités en distinguant nettement ce qui doit être fait par son
administration propre et ce qui doit être confié aux administrations
nationales de ses membres, ainsi qu’à placer sous son égide la cohérence
de l’action menée.
Le nerf de la guerre
La volonté politique doit être soutenue par des moyens appropriés. Un
certain nombre de programmes de l’OIF ont l’objectif d’apporter de
l’aide au développement directement aux populations concernées. La
modestie des moyens mis en œuvre et la difficulté du suivi et de
l’évaluation de ces projets sur le terrain entraînent un débat sur leur
pertinence. Les pays bénéficiaires, conscients du faible impact de ces
projets, redoutent cependant les échos symboliques et politiques de leur
suppression… Mais l’avenir de ces projets ne peut être assuré que par un
investissement financier significatif à la hauteur des missions
ambitieuses de la Francophonie.
Par ailleurs, le budget de l'OIF est pour une grande part assumé par la
France. En 2008, environ 50% du budget est financé par la France, le
reste est à la charge des 54 autres Etats membres de plein droit. Ce
déséquilibre entraîne un déficit de légitimité pour chacun des autres
pays de la Francophonie pour peser sur les décisions. Alors que les
autres pays du Nord revendiquent périodiquement leur existence au sein
de l'ensemble francophone, leurs participations financières ne
démontrent pas un mouvement vers un rééquilibrage équitable des moyens
mobilisés au sein de la Francophonie.
Solidarité et politiques migratoires
Les récentes évolutions des politiques migratoires dans les pays du nord
et particulièrement en France sont mal ressenties par les populations
francophones du Sud. Ces dernières ont l’impression que les autres
grands pays du Nord, et en particulier le Royaume-Uni, les
États-Unis d’Amérique, le Canada,
sont plus hospitaliers et ouverts que les anciennes métropoles. Les
populations francophones d’Afrique en particulier ne comprennent pas
toujours les nouvelles règles qui semblent vouloir les repousser, alors
que la France affiche sa volonté de faire renaître un authentique esprit
de « communauté francophone », cette communauté de destins si chère aux
fondateurs de la Francophonie, cette communauté de valeurs qui permet de
se tourner ensemble vers l’avenir en privilégiant les mêmes choix
politiques fondamentaux.
Il y a une contradiction entre la perception des choix politiques et les
réalités, qui nuit à l’image de la Francophonie et à la construction
d’une vraie communauté de destins : en effet les politiques
d’immigration choisie ont naturellement vocation à favoriser les
Francophones, la possession de la langue étant un des critères
importants des dossiers retenus. Il ne coûterait rien d’afficher avec un
peu plus de netteté cet élément qui contribue au renforcement des liens
linguistiques et affectifs, plutôt que d’insister sur l’aspect
systématiquement restrictif des dispositions retenues. Une chose est
claire, le visage du Nord vers le Sud doit cessé d’être celui de Janus,
souriant quand il descend au Sud, grimaçant quand le Sud vient à lui.
Les petits soldats de la Francophonie
Dans la galaxie francophone opèrent d’autres acteurs. TV5 Monde,
l’agence universitaire de la Francophonie (AUF) qui coordonne les
échanges entre ses membres : plus de 635 universités, instituts et
centre de recherche francophones. Mais il y a également l’Université
Senghor d’Alexandrie, établissement de 3ème cycle au service
du développement des pays du Sud, l’association internationale des
maires et responsables des capitales et métropole francophones (AIMF)
qui compte 166 villes membres, qui accomplit sur le terrain des actions
particulièrement efficaces.
Dans la galaxie francophone existent également un grand nombre
d’associations, comme l’Alliance Internationale (AI), l’Association
pour la diffusion internationale francophone de livres, ouvrages et
revues (ADIFLOR), l’association francophone d’amitiés et de liaison (AFAL),
la Fédération internationale
des professeurs de français (FIPF), l’association internationale des
régions francophones (AIRF), l’Union internationale de la Presse
Francophone (UPF). Il existe une multitude d’associations francophones.
Elles représentent une véritable richesse culturelle, une formidable
force d’action, de promotion de la langue française mais aussi, et
surtout, de l’idée francophone elle-même. De la promotion du français,
en passant par la coopération scientifique ou culturelle, au simple
regroupement des francophones d’une ville, à Sydney en Australie, à Los
Angeles aux Etats-Unis ou encore à Rio de Janeiro au Brésil, elles sont
des dizaines à travers le monde à représenter la communauté francophone.
Elles sont toutes différentes, mais une chose leur est commune : porter
haut et fort l’idée francophone.
Pourtant, au contraire des opérateurs de la Francophonie qui travaillent
en relation étroite avec l’OIF, chacune de ces associations fonctionne
en parfaite autonomie, chacune d’entre elles est libre de mener les
actions qui lui semblent utiles, et paradoxalement elles ont parfois le
même but, entreprennent les mêmes actions tout en ignorant qu’une autre
association, elle aussi francophone, agit dans le même sens. On assiste
souvent à une déperdition de l’effort de ces associations. Il n’existe
pas de structure, de fédération, regroupant tous ces « petits soldats »,
il n’y a pas de plate-forme chargée d’étudier les projets, de coordonner
les actions ou tout simplement de mettre en relation les associations
entre elles.
L’un des grands
enjeux de revitalisation du tissu francophone est d’appuyer mieux et
plus efficacement ce tissu associatif dynamique qui porte haut les
couleurs de la Francophonie, en lui donnant des outils efficaces de
communication, et c’est aussi dans cet esprit qu’il faut envisager la
création d’un grand portail francophone fédérateur…
La
communication, c’est désormais la mise en réseau.
Le simple fait de mettre en réseau des initiatives individuelles ou
associatives leur donne une portée exemplaire et une plus grande
efficacité. Les solutions sont parfois simples, le vingt-et-unième
siècle sera celui des communautés provisoires et fluctuantes, parmi
celles-ci l’identité francophone donne une dimension internationale à
chacun d’entre nous sans l’écarter de son univers mental.
Les
réseaux de communication et d’information comme Internet doivent être
les nouveaux chevaux de Troie de la langue française, partout dans le
monde.
3) La Francophonie : une idée
ringarde ?
La langue française est la base, le lien, autour duquel s’est construite
l’idée francophone. C’est la langue française qui a réuni aussi bien les
fondateurs de la Francophonie que les populations des pays francophones.
La langue française est une des raisons d’être de la francophonie, et la
francophonie institutionnelle a été créée sur une base de coopération
culturelle, sur le partage d’une langue commune.
Dès lors, faire de la défense du français une idée ringarde, c’est saper
les bases mêmes de l’édifice francophone, et condamner d’emblée tous les
efforts qui pourraient être accomplis au nom de la Francophonie. Le
français est une langue toujours vivante, productive, féconde, qui sert
de base à de nouvelles langues. D’où vient donc l’idée reçue selon
laquelle nous assisterions à un déclin francophone ?
La domination anglophone
Au cours des cinq dernières décennies, l’anglais s’est imposé partout,
l’anglais est devenu la langue internationale de communication. L’usage
du français est donc en perte de vitesse à l’échelle mondiale et
l’anglais a pris une avance considérable. Tout d’abord, le français,
langue diplomatique par excellence, langue de travail officielle des
Nations Unies ou encore du Comité International Olympique est
aujourd’hui remplacé progressivement par l’anglais. Les chefs d’Etats,
les dirigeants et plus largement les élites des pays francophones ne
sont plus régulièrement formés en français. La francophonie risque de
reculer en une ou deux générations, si la France, en liaison avec
d’autres pays francophones, ne forme plus les élites des pays
francophones. Nombre des meilleurs étudiants d’Afrique du Nord,
d’Afrique sub-saharienne, d’Asie se tournent vers les pays anglo-saxons.
Il n’est pas irrévérencieux de constater que plusieurs chefs d’États et
ministres de pays membres de la Francophonie ne peuvent pas s’exprimer
en français.
Ce processus d’éviction du français au bénéfice de la langue anglaise
n’est pas récent, il a débuté au lendemain de la seconde guerre
mondiale, mais ce phénomène s’est encore amplifié avec la mondialisation
économique, médiatique et financière. Il a littéralement explosé dans
les premiers temps de la démocratisation de l’usage d’internet. Les
Québécois qui se sont battus pour affirmer leur identité et défendre
leur langue assistent aujourd’hui à un retour en force de l’anglais dans
la Belle Province. Alors que la langue française s’était imposée dans la
grande majorité des entreprises québécoises, aujourd’hui on demande
impérativement à un travailleur québécois de maîtriser l’anglais.
Dans d’autres pays francophones, l’usage du français est menacé, comme
au Cambodge, où pour une raison tout à fait différente, l’usage du
français a été repoussé pour des raisons politiques et idéologiques. En
Afrique, le rejet culturel de l’ancienne métropole a fait son chemin
avec le retour en force des langues nationales, retour qui s’affirme de
plus en plus depuis la mondialisation, comme par exemple le Wolof au
Sénégal, le Baoulé, le Sénoufo ou le Dioula en Côte d’Ivoire, pays
autrefois très représentatifs de la Francophonie pour leur usage très
répandu du français. Dans les pays du Maghreb pour les mêmes raisons
qu’en Afrique sub-saharienne, l’arabe s’affirme et remplace peu à peu le
français au point que certains jeunes de ces pays ne le comprennent pas.
Au Liban, autrefois très francophone, le français persiste encore porté
par les communautés Maronite ou Druze mais les autres communautés
libanaises ne le pratiquent plus guère. Au Liban, après l’arabe, c’est
donc l’anglais qui s’impose comme deuxième langue, laissant peu à peu
l’usage du français s’éteindre avec la forte émigration des libanais
maronites. Et n’évoquons pas Madagascar…
Aujourd’hui, dans beaucoup de pays membres de la Francophonie, la langue
française se fait de moins en moins entendre, à la fois parmi les élites
et dans la population... Le constat est amer, mais il impose donc une
mobilisation et la prise de mesures radicales pour remettre le français
en usage, de manière volontariste, en mobilisant les moyens nécessaires,
ainsi que le font d’ailleurs les pays anglophones.
Le seul British Council anglais vient de lancer un programme visant à
faire passer le nombre de locuteurs anglophones de 2 milliards à 3
milliards avec un investissement de 150 millions d’Euros. En effet, le
Royaume-Uni considère sa prédominance linguistique et l’extension du
nombre de locuteurs anglophones comme un enjeu commercial et
stratégique. D’où le développement des structures d’enseignement de
l’anglais partout dans le monde, afin de développer des liens
privilégiés dans les milieux d’affaires et dans les populations (qui
constituent des réserves de consommateurs).
En regard, le budget total que la France consacre à la Francophonie,
toutes institutions confondues, s’élève à 136 millions d’Euros, celui de
l’OIF ne représente que 80 millions d’Euros, et les programmes de l’OIF
pour l’enseignement et la promotion du français se montent à environ 6
millions d’Euros. 6 millions contre 150 millions au Royaume-Uni.
Il faut absolument aborder la question de l’extension de l’usage du
français de manière offensive et décomplexée, à l’anglaise, parce que la
bataille linguistique n’est pas seulement culturelle ou esthétique :
c’est une bataille dont les enjeux véritables sont l’influence politique
et la croissance économique.
Or nous sommes à un moment décisif : alors même que le français perd peu
à peu sa place dans l’affrontement mondial contre l’anglais, y compris
dans les pays francophones, notre langue suscite un engouement certain
dans les pays non francophones, et même sur des continents non
francophones. Cet intérêt est bien visible en Europe de l’Est où
plusieurs pays font partie de l’OIF en tant que membres observateurs
alors qu’ils n’étaient pas historiquement des pays francophones, mais
également en Russie où la francophilie est largement exprimée, au Brésil
(où l’on compte plus de francophones qu’en Egypte, membre de l’OIF),
enfin en Australie, et même aux Etats-Unis. L’usage de la langue
française est en quelque sorte en perte de vitesse dans l’espace
francophone mais le français séduit et attire de nouveaux locuteurs
partout à travers le monde.
Cette situation doit être mise à profit pour lancer une grande
contre-offensive linguistique, en multipliant, comme l’ont fait les
États-Unis, les dispositions
linguistiques en marge des accords commerciaux ou diplomatiques. Dans
aucune négociation importante, la dimension linguistique ne doit être
oubliée. Qu’il s’agisse d’engagements à développer l’enseignement du
Français, qu’il s’agisse d’engagements à employer des locuteurs
francophones… Les dispositions contraignantes que les anglo-saxons et en
particulier les Américains n’hésitent pas à imposer à leurs partenaires
pour l’usage de l’anglais ne doivent pas nous paraître grossières ou
exagérées lorsqu’il s’agit de l’usage du français. Les milieux
d’affaires et les décideurs francophones font le lit de leurs
concurrents lorsqu’ils facilitent ou accélèrent eux-mêmes l’usage de
l’anglais dans leurs relations avec leurs partenaires, et au sein même
de leurs entreprises situées dans l’hexagone.
Conclusion de l’état des lieux
Pour une renaissance de la Francophonie :
redonner un sens à la « Communauté francophone »
Il est aujourd’hui
impossible de résoudre le malaise ressenti sans s’attaquer frontalement
à ses causes, et il faut pour cela redonner un sens fort à
la communauté francophone.
La France, si possible à travers son Président, son gouvernement, son
Parlement, mais aussi à travers les médias, les acteurs économiques et
culturels, peut accomplir les actes refondateurs qui donneront toute
leur place aux enjeux francophones et leur pleine légitimité, donc leur
visibilité, aux structures et institutions de la Francophonie qui en
seront bénéficiaires.
La méthode à suivre est double : elle repose sur quelques
actes symboliques à large retentissement et sur des
actions concrètes à la fois faciles à mettre en œuvre et
capables de produire rapidement des effets.
La suite de ce document identifiera donc, face à chaque faiblesse
diagnostiquée, de manière pragmatique, quelques propositions d’action
qui répondront à cette double attente symbolique et concrète.
Il s’agit en effet de proposer des solutions pratiques, plus que des
réflexions théoriques. La Francophonie est née comme un fait,
elle doit vivre maintenant comme action.
II – Trois priorités et seize
propositions
Priorité n°1 : Rendre la
Francophonie plus visible
Donner rapidement une vraie
visibilité à la Francophonie en France même et dans les autres pays
francophones, passe par cinq actions importantes, qui pourraient être
mises en œuvre sans délai.
Action symbolique :
1.
Inscrire les noms de Léopold Sédar Senghor et d’Aimé Césaire au
Panthéon.
Actions concrètes:
2.
Créer un « Visa francophone ».
3.
Organiser les « Etats généraux » francophones sur les grands
problèmes actuels
4.
Concevoir un grand « Portail francophone » pour démultiplier les
contenus numériques en français sur les réseaux.
5.
Réformer et relancer TV5 Monde comme média identitaire de la
francophonie
L’esprit de la
Francophonie ne suffit pas : il faut qu’il ait des traductions
tangibles. La visibilité ne se décrète pas, elle s’obtient par des
actions qui attirent l’attention des médias et frappent le grand public.
Vouloir aujourd’hui donner plus de visibilité, donc plus de réalité, à
la Francophonie, cela passe d’abord par des événements « politiques »,
« culturels », « symboliques », où la France se reconnaîtra comme
francophone et où elle dira solennellement l’importance que revêt pour
elle la Francophonie (c’est précisément le sens du Panthéon que de dire
régulièrement cette reconnaissance de la nation française aux « grands
hommes » qui ont compté pour elle). Mais le symbolique ne suffit pas
pour « manifester » avec une force suffisante, l’utilité et l’importance
quotidienne de la Francophonie. C’est pourquoi, afin de frapper l’esprit
de tous les « peuples » francophones, il est nécessaire de donner une
actualité à la francophonie de manière régulière. Elle doit être
présente dans la vie quotidienne des francophones comme un espace
partagé (d’où l’idée du visa francophone), comme un espace de débat
permettant de prendre position sur l’avenir du monde (d’où
l’organisation d’Etats généraux thématiques sur les problèmes de notre
époque), comme un espace d’échanges intellectuels permanents (d’où le
renforcement nécessaire des contenus francophones sur Internet) et comme
une communauté « communicante » (d’où la nécessité de la doter d’un
média identitaire commun, qui naturellement devrait être TV5).
Proposition n°1
Inscrire les noms de Léopold Sedar
Senghor et d’Aimé Césaire au Panthéon
Léopold Sédar Senghor est l’un des fondateurs de la Francophonie.
Aimé Césaire qui avait été aux côtés de Senghor le chantre de la
négritude a rejoint plus tard son combat en faveur de la Francophonie.
C’est Aimé Césaire qui déclare en 2005 au Président Abdou Diouf : « J’ai
longtemps été opposé à la francophonie, je considérais que c’était du
néocolonialisme. Eh bien, j’ai changé d’avis ! Je trouve aujourd’hui que
c’est une idée de modernité, qui va dans le sens de la diversité et du
dialogue des cultures que je mets au-dessus de tout. Elle respecte nos
cultures nationales ».
La France doit l’existence de la « Francophonie » institutionnelle,
aujourd’hui forte de 68 États,
rassemblés autour d’une langue commune, le français, à la volonté de
Léopold Sédar Senghor de réunir les peuples francophones du monde
entier.
Senghor l’académicien, Senghor le poète-président, et Césaire le
réfractaire, le poète-député-maire, sont deux très hautes illustrations
de ce que peut produire le génie de la langue française, à la fois sur
le plan intellectuel, moral, philosophique et poétique. Leurs corps
reposent, à Dakar pour l’un, à Fort-de-France pour l’autre, sur une
terre qu’ils ont choisi, qui leur ont donné vie et à laquelle ils ont
beaucoup donné. Ramener leur corps au Panthéon de la République
française serait nier l’autre partie de leur combat, celle qui leur a
permis de faire entrer leurs peuples dans la modernité politique, tout
en leur donnant une expression et en refondant, en français, leur
héritage culturel.
Mais si leurs corps doivent continuer de reposer sur la terre qu’ils ont
choisi, leurs noms doivent en revanche être désormais gravés dans la
crypte du Panthéon, pour leur offrir le légitime hommage que la
République, aujourd’hui, leur doit.
Ce sera, dans l’ordre de la reconnaissance symbolique, un hommage à la
Francophonie et une reconnaissance du lien prioritaire qui lie la France
à l’ensemble des pays qui parlent la même langue qu’elle.
Proposition n°2
Créer un « visa francophone »,
traduction immédiate de la communauté francophone
La Francophonie est un espace politique,
culturel, c’est donc avant tout un espace humain. L’objectif de cette
proposition est de mieux concilier politique migratoire et francophonie,
dans le respect, naturellement, des traités signés et des accords
internationaux qui lient la France au sein de l’Europe.
Il est possible de faire de la Francophonie,
par égard pour les liens particuliers qui lient chacun de nos pays, un
espace géographique et culturel dans lequel la circulation des
francophones sera plus fluide, plus souple et plus humaine. Une telle
mesure est de nature à favoriser l’émergence et le développement d’une
véritable conscience collective dans un même ensemble humain, fier de
son identité et de son histoire partagée.
Le « visa francophone » oriente la
Francophonie dans le sens exposé par le Président de la République,
Nicolas Sarkozy, le 20 mars 2008, lors de son discours prononcé à la
Cité Universitaire de Paris, mise en œuvre d’une stratégie d’influence
et d’ouverture sur le monde. A n’en pas douter, la mondialisation du
XXIème récompensera les pays qui auront été les plus habiles dans
l’épanouissement et l’expansion de leur propre aire d’influence
régionale, condition sine qua non de débouchés économiques pour
les entreprises et d’enrichissement culturel pour tous. C’est à la
France de jouer ce rôle moteur.
Pour y parvenir, elle devra réaffirmer avec
force l’idée d’une « spécificité francophone ». Cette expression postule
qu’un individu qui maîtrise la langue française a plus de chances de
réussir son intégration dans une société francophone que celui qui ne
dispose pas des bases linguistiques élémentaires. C’est précisément
parce qu’il maîtrise ces connaissances fondamentales que le francophone
pourra plus facilement trouver un logement, un emploi, circuler dans la
ville et puiser ses aspirations personnelles dans un ensemble de
représentations collectives, dans un imaginaire commun.
La création d’un visa francophone, sur le
modèle du visa Commonwealth, donnera aux francophones la
possibilité de se déplacer plus facilement dans la francophonie.
Il constituera une réponse adéquate à nos partenaires anglophones,
montrant que la France a aussi su aménager un espace géoculturel souple
et ouvert. Les procédures administratives devront être moins
arbitraires, plus claires et simplifiées, de manière à optimiser le
service rendu au public et à faciliter la vie de l’usager.
Le « visa francophone » peut être le signe
tangible et concret de l’adhésion de la France à une Francophonie
crédible et ambitieuse.
Proposition n°3
Organiser des « États
généraux » francophones sur les grands problèmes du vingt-et-unième
siècle
Pour dépasser la dimension purement
institutionnelle et interétatique de la Francophonie, il est nécessaire
d’organiser des événements politiques importants qui impliquent les
peuples francophones, à travers les associations, les ONG, les acteurs
de la société civile, les entreprises et les universitaires.
Le vingt-et-unième siècle doit inventer de
nouvelles manières de prendre en compte les attentes et les besoins des
peuples, face à des enjeux planétaires aussi essentiels que le
réchauffement de la planète, les besoins énergétiques mondiaux pour
permettre le développement des pays pauvres, ou la manière dont sera
assurée la sécurité alimentaire au niveau mondial, au moment où
l’objectif de diminuer de moitié le nombre de nos contemporains qui
souffrent de la faim entre 2000 et 2015 semble définitivement hors de
portée (la situation empire au contraire sur les dernières années malgré
l’action de la FAO)…
Face à ces problèmes qui sont des « problèmes
de société » désormais projetés à l’échelle du monde, la Francophonie
peut promouvoir une nouvelle méthode de réflexion et d’action, fondée
sur le rassemblement des associations, des entreprises, des sociétés
civiles et des experts des différents secteurs concernés, avec ou sans
la participation des
États
eux-mêmes…
Cette forme de « mobilisation citoyenne »
pour cristalliser les réflexions donnerait à l’espace francophone une
densité et une réalité dont les autres espaces linguistiques sont
dépourvus. Elle donnerait une nouvelle légitimité aux institutions de la
Francophonie qui se chargeraient de l’organisation pratique de ces
États
généraux à l’échelle de la communauté francophone tout entière, en
s’impliquant dans la recherche des meilleurs interlocuteurs des sociétés
civiles, ONG, associations, universités, dans chacun des pays
francophones.
La Francophonie apparaîtrait ainsi comme le
premier espace de débat citoyen à l’échelle de la planète et les
recommandations des Etats généraux réunis pourraient être ensuite
soumises aux Chefs d’État
francophones et le cas échéant défendues collectivement par tous les
Pays francophones dans les enceintes internationales, comme cela a été
le cas pour la Convention sur la Diversité culturelle adoptée par
l’UNESCO et très rapidement ratifiée ensuite par la plupart des
États !
Ainsi la France retrouverait-elle, grâce à la
Francophonie, une capacité d’impulsion diplomatique mondiale, assise et
légitimée sur une prise en compte démocratique des attentes et des choix
des sociétés civiles francophones, dans toute leur diversité !
Par
l’organisation d’États
généraux francophones sur tous les grands problèmes de notre temps, la
Francophonie deviendra un formidable outil de démocratisation,
d’appropriation des débats par le plus grand nombre et une
incontournable force de propositions à l’échelle du monde.
Proposition n°4
Concevoir un grand « Portail
francophone » pour démultiplier les contenus numériques en français sur
les réseaux
Internet
constitue un espace virtuel fondamental dans lequel les langues et les
cultures sont aujourd’hui en concurrence. Or les contenus francophones
sont encore trop peu nombreux sur le Web, sur lequel le nombre de pages
développées en anglais est nettement plus important. Cette situation
n’est pas une fatalité, au contraire. Elle résulte du taux d’équipement
encore faible des pays francophones du Sud dont la créativité ne peut
pas encore trouver son débouché naturel à travers Internet.
Il y a donc lieu de mener une action
volontariste de promotion des contenus francophones sur le Web, et de
soutien à leur développement. L’action de promotion et de rayonnement
des contenus francophones passe, par la construction d’un grand portail
francophone capable de mettre en avant, d’ordonner et de promouvoir un
très grand nombre de contenus francophones, information, culture,
services, références… Le français doit pouvoir être utilisé pour trouver
facilement et rapidement n’importe quelle information sur Internet. Et
pour cela, toutes les informations doivent y être disponibles en
Français.
De même qu’il existe en France des fonds de
soutien aux radios associatives ou à la presse écrite, il est pertinent
de soutenir la naissance de multiples médias francophones, en
particulier au Sud, par un fonds de soutien à l’expression multimédia.
Cette expression doit d’ailleurs désormais être réellement
« multimédia », c’est-à-dire qu’il faut aider le développement de
plates-formes d’échanges de reportages ou d’informations audiovisuelles,
mais aussi de vidéo-musiques, de clips, de courts métrages, d’œuvres
d’art. Il s’agit pour la Francophonie d’être un facilitateur et un
accélérateur du développement du Web francophone, tout particulièrement
à partir du Sud.
Le soutien au développement, au référencement
et à la mise en avant des contenus francophones passe également par une
action volontariste de numérisation des œuvres francophones, qui, au
moins pour toutes celles qui sont tombées dans le domaine public,
doivent être immédiatement disponibles dans des version de bonne
qualité sur le Web. Toutes les bibliothèques francophones doivent
s’entraider pour constituer cette nouvelle « bibliothèque monde » où
tous les ouvrages du monde seront disponibles en Français.
L’enjeu majeur et évident que constitue la
large présence du français sur le Web constitue également un rempart
pour la diversité culturelle, car le français est la langue de multiples
cultures du Sud qui ne trouvent pas d’expression sur les réseaux
numériques dominés par le Nord. Il est essentiel que, sous la conduite
de la Francophonie, et avec l’aide des pays francophones du Nord (et en
particulier de la France) des fonds importants puissent être mobilisés
pour faire vivre, sur le Web, les multiples cultures du Net qui en sont
aujourd’hui de facto exclues.
Proposition
n°5
Réformer et relancer TV5 Monde
comme média identitaire de la francophonie
TV5 Monde a toujours hésité entre deux
vocations complémentaires mais insuffisantes : être la chaîne des
expatriés du Nord (français, belges, suisses, canadiens) ou être la
chaîne de la Francophonie, ouverte sur les Alizés, nourries des cultures
plurielles et des inspirations variées des peuples multiples qui
constituent le monde francophone. Or dans la perspective de la
mondialisation des communications, le réseau mondial que constitue TV5
doit servir de média global au service de l’apparition d’une opinion
publique francophone.
TV5 Monde, la chaîne internationale de la Francophonie fêtera ses 25 ans
le 2 janvier 2009. En tant que deuxième réseau mondial de diffusion
après MTV et juste avant CNN, TV5 Monde représente un atout considérable
tant pour la lisibilité et la visibilité francophone que pour les idées
et valeurs que porte notre langue.
De même que la multiplication des contenus
francophones du Nord et du Sud immédiatement accessibles sur le Web, la
diffusion tous supports dans le monde entier d’une chaîne de télévision
francophone rendant compte des grands événements rythmant la vie
publique des pays francophones est un formidable fédérateur et un levier
d’adhésion et de reconnaissance.
TV5 a tous les atouts d’un média global :
mais la chaîne doit
échapper à son trop fort ancrage natif au Nord, pour accepter sa
mutation complète en média numérique de la Francophonie : c’est à
travers TV5 que les réflexions menées au sein des « Etats géné